L'Industrie et l'Armée
Les possibilités de la défense d’une nation dépendent étroitement de son potentiel économique et surtout industriel, cette notion fondamentale est aujourd’hui bien comprise. Il ne semble pas, cependant, que toutes les conséquences en soient toujours clairement discernées. Trop souvent, on s’est contenté de constater le caractère global de la Défense nationale sans rechercher quelles leçons devaient en être tirées pour l’action. Des regrets et des critiques s’expriment de chaque côté sur les faiblesses de l’économie française ou de la Défense nationale ; plus efficace serait la recherche d’une véritable coopération qui permettrait une meilleure utilisation des forces militaires et économiques, une meilleure efficacité du potentiel national.
Notre réussite, dans notre domaine strictement professionnel, ne dépend-elle pas d’ailleurs très largement du climat général de compréhension que nous avons la chance de rencontrer, ou plutôt que nous savons, par nos propres initiatives, faire naître et, en tout cas, améliorer pour le plus grand bien du pays ? C’est dans cette conviction que je souhaiterais retracer en quelques mots ce qu’a été l’histoire récente de l’industrie française et ce que sent ses perspectives, pour présenter en conclusion quelques exemples concrets de domaines dans lesquels une collaboration plus étroite avec l’armée serait souhaitable.
La guerre de 1914 avait trouvé, dans une nation dont le climat moral restait, malgré les difficultés, profondément sain, une industrie en pleine expansion qui, malgré les destructions, malgré l’occupation de certaines de ses régions les plus actives, put répondre aux demandes de la Défense nationale. Elle poursuivit, pendant les années qui suivirent l’armistice, son expansion à un rythme satisfaisant, bien que peut-être dans une euphorie quelque peu factice. Déjà, en effet, les vides creusés par la guerre dans les rangs des meilleurs se faisaient cruellement sentir et à partir des années 80, l’économie française, atteinte à son tour par la crise mondiale, apparut incapable de la surmonter et de se redresser, alors que tous les pays industriels reprenaient rapidement leur progression. Au lieu de faire face, les pouvoirs publics avaient cherché dès l’abord à masquer les difficultés ; la politique économique se réduisit à la protection systématique des situations acquises et la France devint, à partir de cette époque, le pays le plus protégé du monde derrière ses barrières contingentaires et douanières ; repliée sur elle-même, isolée de la concurrence et du progrès, résignée à la médiocrité, elle se préparait de pénibles réveils. Sur la base 100 en 1913, l’indice de la production industrielle s’était élevé à 139 en 1929 ; sur la base 100 en 1929, l’indice de la production industrielle n’était plus que de 60 en 1938. C’était aussi l’époque où les statistiques de la démographie française faisaient apparaître un effondrement, le plus grave sans doute, de la vitalité nationale ; l’époque aussi où les discordes internes minaient le moral du pays, le conduisaient à des abandons successifs et finalement à l’épreuve douloureuse de 1940.
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