L’Union soviétique et l’Afrique noire
Fin décembre 1955, à la session extraordinaire du Soviet Suprême, M. Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste soviétique, déclara que « la Russie devait appuyer les mouvements d’indépendance des peuples coloniaux non seulement en Asie, mais en Afrique ». Les dirigeants du Kremlin, peu familiarisés avec la psychologie complexe des noirs, sans expérience africaine, avaient jusqu’alors prêté peu d’intérêt à ce continent qui leur était quasiment interdit par suite de la domination européenne. Ils le considéraient comme secondaire, voire négligeable, espéraient qu’une puissante vague de fond nationaliste le balaierait et leur ouvrirait la voie.
Une large place avait bien été réservée aux dépendances coloniales dans les plans opérationnels ; ils visaient surtout l’Asie qui semblait devoir être seule en mesure de dégager les forces nécessaires à la réalisation des grands desseins soviétiques. Lénine affirmait que la victoire du communisme dépendait non plus de la lutte du prolétariat en Europe, mais de l’affranchissement des pays d’outre-mer ; il estimait indispensable de collaborer avec les mouvements de libération indigènes pour priver les nations occidentales des richesses qu’elles tiraient de leurs colonies et accélérer le processus de la révolution mondiale.
Staline qui avait repris cette idée, en l’élargissant, se proposait de « transformer les pays dépendants et coloniaux de réserve de la bourgeoisie en réserve du prolétariat révolutionnaire, d’en faire l’allié de ce dernier » (1), pour ensuite, par un effort politique et économique, déborder l’Europe. « Les reins des Britanniques, avait-il dit en 1923, et il visait également les autres puissances coloniales, seront brisés non sur la Tamise, mais sur le Yantsé, le Gange et le Nil ». L’opération présentait de multiples difficultés, notamment dans le domaine économique, les Soviétiques ne disposant pas de moyens de production suffisants pour l’entreprendre ; mais ils étaient convaincus qu’elle serait facilitée par le déclin, jugé inéluctable, du camp capitaliste. Contrairement aux pronostics établis, les démocraties occidentales se consolidèrent après avoir surmonté leur crise économique de 1930, Staline, guidé par la prudence et occupé ailleurs, abandonna la thèse de la révolution coloniale. Toutefois, il ne renonça pas à ses projets d’expansion au Sud de la Méditerranée ; lors de la Conférence de Potsdam en 1945, il engagea des négociations sur les anciennes colonies italiennes, réclama successivement la Libye et la Tripolitaine comme « trusteeship » soviétique. Le refus opposé par les puissances occidentales ruina son double espoir d’installer une base en Afrique et d’exécuter sa manœuvre de flanc. Mais l’idée exprimée s’inscrira, après sa mort, dans le programme des objectifs à long terme de Moscou.
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