Pour une politique des engins spéciaux
La relève de l’artillerie et de l’aviation par l’engin spécial est l’une des préoccupations dominantes des plus hautes instances militaires de cette époque. Qu’il s’agisse en effet de la roquette qui remplace la balle explosive, de l’engin anti-aérien qui supplante l’obus de D.C.A. et l’avion d’interception ou de l’engin intercontinental dont les portées s’étendent de quelques centaines à plusieurs milliers de kilomètres, la doctrine est loin d’être fixée et l’on ignore encore dans quelle mesure et dans quels délais la substitution partielle ou totale de l’engin à d’autres formes de transfert de projectile pourra intervenir. La question est fort complexe et mérite qu’on s’y arrête quelque peu.
Les raisons de l’évolution actuelle des armements vers l’engin, sont multiples et différentes suivant les cas. Si dans le combat antipersonnel, la balle avec sa grande vitesse initiale reste préférentielle il n’en est plus de même de l’obus antichar par exemple, qui se trouve nettement surclassé par l’engin fusée susceptible de transporter une charge utile explosive plus forte et justiciable d’un certain guidage continu jusqu’à l’impact. Par ailleurs, l’engin anti-aérien se révèle préférable à l’avion léger d’interception dans la mesure où il économise un pilote, où sa manœuvrabilité est plus grande et son prix de revient moins élevé, à performance au moins égale, bien entendu. Enfin l’engin intercontinental doit l’emporter sur l’avion de bombardement par son automaticité et sa plus grande vitesse.
Les engins spéciaux sont donc appelés en général à un développement certain dans les années futures, mais devant une telle diversité de matériels peut-on vraiment parler d’une politique spécifique. Nous allons voir que cela n’est pas impossible, car quelle que soit leur destination ces engins ont entre eux des liens de parenté extrêmement étroits. Ayant tout ou partie de leur trajectoire dans la basse atmosphère, ils sont d’abord soumis aux lois de la résistance et de l’échauffement dus à la présence de l’air. Ils nécessitent donc tous d’être propulsés par un moteur. Ils doivent en outre être à chaque instant maintenus sur une ligne telle qu’ils atteignent certainement le but visé, ce qui met en œuvre tout un appareillage mécano-électrique auto ou télécommandé. Enfin leur définition doit respecter la règle générale formelle du maximum de charge utile. Aussi bien, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la réalisation des engins spéciaux témoigne d’une homogénéité de pensée assez remarquable, ce qui ne laisse pas de comporter certaines conséquences qu’il nous est maintenant loisible d’examiner plus à fond.
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