Institutions internationales - Le « refroidissement » américano-soviétique - Référendum britannique sur l'Europe - Vers un dialogue euro-arabe
La détérioration des rapports américano-russes a dissipé certaines équivoques. Ce n’est point parce que MM. Ford et Brejnev avaient, à Vladivostok, conclu un accord qui, s’il n’apportait rien de véritablement nouveau aux négociations sur la limitation des armements stratégiques, sauvegardait leurs perspectives, que se trouvait résolu le problème du passage de la coexistence pacifique à la paix. Aucun conflit ne se trouve réglé. Chacun d’eux comporte une donnée « mondiale » dans la mesure où, notamment pour des considérations stratégiques, les deux Grands s’y intéressent ou y sont impliqués plus ou moins directement. Mais chacun d’eux comporte une donnée spécifique indépendante de la signification que lui accordent les deux Grands.
C’est ainsi, pour ne citer que cet exemple, que la révolte des Érythréens contre l’autorité d’Addis-Abeba ne doit rien aux manœuvres de l’un ou de l’autre des deux Grands, même si ceux-ci cherchent à l’utiliser chacun à son profit. Le 23 janvier 1975, M. Ford a pu dire que le Nord-Vietnam ne tient aucun compte de l’accord de cessez-le-feu du 21 janvier 1973. Au Moyen-Orient, les Arabes sont divisés quant aux modalités de la recherche de la paix avec Israël, cependant que la négociation israélo-arabe paraît impossible, du moins à court terme, depuis qu’à Rabat, en octobre 1974, les pays membres de la Ligue arabe ont fait de Yasser Arafat le seul responsable de la Cisjordanie. Bagdad ne parvient pas à liquider la rébellion kurde…
Mais 1975 pourrait bien être, d’abord, l’année des mers dangereuses… Le conflit israélo-arabe reste la donnée majeure de la situation en Méditerranée orientale, où le problème chypriote n’est pas réglé, où la tension gréco-turque prend périodiquement une dimension alarmante, et sur laquelle pèsent de nouvelles menaces, venues du Nord : le processus d’intégration de la Bulgarie à l’Union soviétique paraît entamé, des liens ont été renoués entre la Roumanie et le Kremlin, un retour de la Yougoslavie dans le camp soviétique (qui est une des hypothèses vraisemblables qu’ouvrira la disparition de Tito) conduirait les blindés russes à soixante kilomètres de Salonique et aux portes de Trieste. En deux ans, en s’instituant le protecteur des Émirats de la côte méridionale du golfe Persique, l’Iran s’est assuré l’avantage sur ses deux rivaux, l’Arabie saoudite et surtout l’Irak. Ayant bloqué le golfe, le Shah a cherché à étendre son influence. Début janvier des manœuvres ont, à l’entrée du golfe, associé les flottes américaine et iranienne, et les États-Unis négocient avec la Grande-Bretagne l’installation d’une base aéronavale à Masira. Dès la réouverture du canal de Suez, la marine de guerre soviétique empruntera la mer Rouge pour gagner l’océan Indien – d’où l’importance du détroit de Bal-el-Mandeb, la « porte du diable » pour les Arabes, commandé au nord par le Yémen-Sud, au sud par le Territoire français des Afars et des Issas (TFAI) [NDLR 2025 : qui deviendra Djibouti en 1977] et par quelques îlots qu’Aden a loués à l’Égypte avec de l’argent saoudien. La révolution éthiopienne, la révolte de l’Érythrée, la guerre du Dhofar, les tentations d’indépendance de Djibouti, aggravent la situation dans cette région-clef. Mais si certains de ces problèmes n’ont, dans leurs origines, rien qui soit réductible à l’antagonisme Est-Ouest, ils sont tous, à des degrés divers, influencés par l’évolution des relations entre Washington et Moscou.
Il reste 83 % de l'article à lire
Plan de l'article







