Marine - France : mise en service d'armes thermonucléaires à bord des sous-marins stratégiques ; tournée de deux sous-marins dans l'océan Indien ; construction de patrouilleurs pour les marines étrangères - Grande-Bretagne : où en sont les constructions neuves ?
France
Mise en service d’armes thermonucléaires à bord des sous-marins stratégiques
M. Yvon Bourges, ministre de la Défense, a présidé le 24 janvier 1976 à Brest, en compagnie de M. André Giraud, administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à la remise à la Marine nationale de la première charge thermonucléaire mégatonnique MR60 destinée aux missiles balistiques équipant les Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Cette ogive équipera le missile M20 qui pourra atteindre une cible située à plus de 3 000 km avec une capacité de pénétration accrue grâce au « durcissement » de l’arme rendue moins sensible à l’action des systèmes adverses de missiles anti-missiles. C’est en principe le sous-marin L’Indomptable, qui doit entrer en service avant la fin de la présente année, qui sera le premier à embarquer ce nouveau missile qui représente une nouvelle étape importante dans le développement de la force de dissuasion de notre pays.
Pour le moment et depuis quatre années qu’ils patrouillent en mer, nos sous-marins sont équipés de 16 missiles balistiques types M1 ou M2, capables de lancer à quelque 2 500 km de distance une charge « dopée » d’environ 500 KT. Après avoir été embarqué sur L’Indomptable, le M20 armera progressivement les autres SNLE. Ce missile sera remplacé dans les années 1980 par un nouvel engin de portée supérieure, le M4 qui sera – dit-on – doté de 6 à 7 charges multiples de 150 KT chacune. Ces ogives ne seraient pas à trajectoires indépendantes comme les têtes « mirvées » équipant les missiles des SNLE de l’US Navy, mais elles tomberaient en grappe sur une même cible. En attendant la mise en service de ce nouveau missile, le M20 sera équipé d’une ogive améliorée et allégée appelée MR61 aux performances accrues dans le domaine de la précision.
Tournée de 2 sous-marins dans l’océan Indien
Deux sous-marins, le Requin et la Junon, vont effectuer une croisière d’endurance dans l’océan Indien. Ils seront accompagnés par le bâtiment de soutien logistique Rhône. Ils ont appareillé de Toulon début février 1976, franchi le canal de Suez le 20 suivant et séjourneront dans le théâtre jusqu’en avril.
Le Requin, entré en service en août 1958, est l’un des 6 sous-marins classiques océaniques de la classe Narval. Il déplace 1 910 tonnes en plongée et peut atteindre 18 nœuds en immersion. Ces sous-marins ont été très profondément refondus et modernisés entre 1966 et 1970 et cette refonte a été jugée comme une réussite.
La Junon, admise au service actif en février 1966, appartient à la classe Daphné qui comprend 9 bâtiments. Il déplace 1 043 t en plongée, a une vitesse de 16 nœuds en plongée, peut s’immerger à plus de 300 m. Ce type de sous-marin très réussi a été adopté par les marines espagnole (4 unités), sud-africaine (3), portugaise (4) et pakistanaise (3).
Le Rhône qui a rallié la flotte en 1964, fait partie d’une série de 5 bâtiments de soutien logistique de 2 445 t pleine charge (tpc), chacun très spécialisé dans un domaine particulier. Le Rhône est quant à lui gréé en navire base de sous-marins, c’est-à-dire que l’on trouve à son bord des ateliers permettant d’assurer certaines réparations et les divers rechanges, armes et autres moyens nécessaires à l’activité des sous-marins.
Construction de patrouilleurs pour les marines étrangères
Le premier patrouilleur lance-missiles type Combattante II, d’une série de six commandée par l’Iran en février 1974 aux Chantiers mécaniques de Normandie (CMN), a été lancé sans armement le 8 janvier 1976 à Cherbourg. Il s’agit du Kaman. Les 5 autres unités qui porteront les noms de Loubin, Kahdang, Peykan, Joshan et Falakhon pourraient être mises à l’eau avant la fin de la présente année.
Rappelons qu’un deuxième contrat portant sur l’acquisition de 6 patrouilleurs identiques a été signé en octobre 1974.
Ces patrouilleurs présentent les caractéristiques suivantes :
– Déplacement : 230 t lège - 275 tpc.
– Dimensions : 47 (ht) [NDLR 2024 : longueur hors tout de la coque] x 44 (pp) [longueur entre perpendiculaires de la carène] x 6,30 (max) x 2,92 m.
– Propulsion : 4 diesels MTU 16 V 538 TB91 développant 12 000 CV au total - 4 hélices,
– Performances : vitesse max. : 36 nœuds ; distance franchissable : 700 N/33,7 nœuds,
– Armement : 4 missiles surface-surface américains Harpoon ; 1/76CA Oto Melara compact italien à l’AV ; 1/40 CA Bofors à PAR ; conduite de tir néerlandaise HSA MM28.
En plus de ces bâtiments, les CMN ont en chantier, à divers stades de construction :
– 4 patrouilleurs (El Khafir, El Hurris, Essahir, El Mikdam) de 90 t et 32 m de long pour la marine marocaine ; deux autres, El Wacil et El Jail, ont été déjà livrés et le El Mikdam doit l’être prochainement.
– 2 patrouilleurs de 115 t, l’Épée et la Pertuisane, pour la Marine nationale.
– 4 patrouilleurs : Ypoploiarchos (Lieutenant de vaisseau) Konidhis, Ypoploiarchos Batsis, Ypoploiarchos Arliotis et Ypoploiarchos Annimos, pour la marine hellénique. Ces patrouilleurs, les plus grands jusqu’à présent confiés à ces chantiers, auront les caractéristiques suivantes :
– déplacement : 400 tpc,
– dimensions : 56 x 7,90 x 2,50 m,
– propulsion : 4 diesels - 15 000 CV - 4 hélices,
– performances : vitesse max. 36,5 nœuds ; distance franchissable 1 000 N/30 nœuds et 1 600 N/20 nœuds,
– armement : 4 missiles surface-surface MM38 Exocet ; 2/76 CA Oto Melara compact (1 AV, 1 AR) ; 4/35 CA Emerlec (II x 2) sur la passerelle ; 2/Tube-lance-torpilles (TLT)/533 pour torpilles filoguidées,
– équipage : 5 officiers + 38 hommes.
Le contrat pour la construction de ces bâtiments a été signé le 22 mai 1975 et le premier doit être mis à l’eau dans le courant du second semestre de 1976.
Rappelons que les Chantiers mécaniques de Normandie ont construit ces dernières années :
– 4 patrouilleurs lance-missile (Kimothoi, Kalypso, Evniki, Navsithoi) type Combattante II (234 tpc - 4/MM38 - 4/35 CA - 2 TLT) pour la Grèce,
– 4 patrouilleurs lance-missiles (Serang, Ganas, Ganyang et Perdana) également du type Combattante II pour la marine malaise (234 tpc - 2/MM38 - 1/57 CA - 1/40 CA),
– 12 patrouilleurs, toujours du même type, les célèbres « vedettes dites de Cherbourg », pour la marine israélienne,
– et qu’ils ont fabriqué en coopération avec la firme allemande Lurssen, 20 patrouilleurs lance-missiles type S148 (265 tpc - 35,5 nœuds - 4/MM38 - 1/76 CA - 1/40 CA).
Tous les utilisateurs de ces patrouilleurs ne tarissent pas d’éloges sur leur robustesse et leurs qualités nautiques exceptionnelles pour des bâtiments d’une si petite taille.
Parmi les autres bâtiments légers en construction en France pour le compte de l’étranger, il faut également citer les très beaux patrouilleurs marocains Okba et Triki type PR 72 de 440 tpc aux chantiers de la Société française de construction navale (SFCN). Cette firme a également construit plusieurs patrouilleurs type P48 de 250 tpc environ, soit :
– 3 pour la Tunisie : Bizerte, El Horria et Monastir ;
– le Vaillant pour la Côte d’Ivoire ;
– le Malaika pour Madagascar ;
– le Saint-Louis et le Popenguine pour le Sénégal.
La SFCN a d’autre part en chantier un troisième patrouilleur du même type, le Podor, pour le Sénégal et un autre pour le Cameroun.
Quant aux Chantiers de l’Esterel, ils ont récemment livré à la Grèce les deux petits patrouilleurs de 32 m Kelestis Stamou et Diopos Antonio qui avaient été primitivement commandés par Chypre, et ont en chantier deux unités identiques pour le Togo.
Grande-Bretagne : où en sont les constructions neuves ?
Le tableau ci-dessous, tiré de la revue, toujours très bien informée, Naval Record de décembre 1975, fait le point des bâtiments de la Royal Navy en achèvement à flot, sur cale, commandés ou qu’on projette de construire ces prochaines années.
Les Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) en chantier ou commandés appartiennent au type Swiftsure de 3 500 t Washington. Dotés d’une vitesse maximale de 30 nœuds, armés de 5 TLT, les sous-marins de ce type, dont 2 sont déjà en service, seraient réputés par le soin qui a été apporté à les rendre aussi silencieux que possible, la discrétion étant pour les Britanniques la qualité principale d’un sous-marin d’attaque. Le bâtiment projeté, baptisé dans la revue SSN Y, sera d’un type nouveau sur lequel on manque d’informations, mais on peut supposer qu’il sera équipé du missile antisurface Sub Harpoon américain que la Royal Navy a finalement adopté après avoir pendant longtemps laissé espérer qu’elle s’associerait avec notre pays pour développer le Sub Martel.
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En construction |
Commandés |
Projetés |
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SNA |
2 |
1 |
1 |
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Croiseurs ASM type Invincible |
1 |
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1 |
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Destroyer LM type Sheffield |
5 |
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2 |
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Frégates ASM type Amazon |
5 |
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Frégates ASM classe Weapon |
1 |
1 |
4 |
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Patrouilleurs type Jura mod |
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5 |
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Patrouilleurs type Kingfisher |
3 |
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Chasseurs/dragueurs type Brecon |
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1 |
5 |
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Navire de recherche Newton |
1 |
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Ravitailleurs tvpe Fort |
2 |
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LCT |
2 |
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Total |
22 |
8 |
13 |
Ce tableau montre qu’il n’est plus envisagé de construire deux croiseurs anti-sous-marins (ASM) à pont continu type Invincible supplémentaires comme l’avait déclaré le 15 mai 1975 le ministre de la Défense, M. Roy Mason. Quant à l’HMS Invincible, lui-même en chantier depuis juillet 1973, il avance – faute de crédits – très lentement. Il en est de même pour les destroyers lance-missiles de 3 600 t de la classe Sheffield ; seul le prototype a été, avec beaucoup de retard sur les prévisions, admis au service actif ; quatre HMS Birmingham, Coventry, Cardiff et Newcastle sont en achèvement à flot, le Glasgow est toujours sur cale. La situation n’est pas meilleure pour ce qui concerne les frégates ASM type Amazon de 2 500 t ; une seule, l’HMS Active semble sur le point d’entrer en service, les quatre autres lancées en 1974 ne rallieront pas la flotte avant 1977.
Les 5 patrouilleurs type Jura modifié sont destinés à protéger les installations pétrolières offshore. Ce seront des chalutiers de 1 250 t avec un armement modeste mais de bons équipements de transmissions. Compte tenu de leur simplicité et de leur coût peu élevé, leur construction ne subira, semble-t-il, pas trop de retard.
L’HMS Brecon est le prototype d’une nouvelle classe de dragueurs-chasseurs de mines. Déplaçant 625 t, il sera équipé du sonar 193 et du PAP 104 (Poisson autopropulsé français).
Le Newton de la flotte auxiliaire est un navire de recherches sous-marines de 3 900 t, gréé pour plusieurs missions : océanographie, hydrographie, relevage de câbles sous-marins, etc. Ses équipements scientifiques seront très élaborés.
Les Fort sont des bâtiments de soutien logistique de 17 200 tonneaux de jauge brute (tjb) et 20 nœuds équipés pour le ravitaillement à couple (3 portiques) et vertical grâce à des hélicoptères cargos.
Les 2 Landing Craft Tank (LCT) d’environ 2 000 t sont destinés au Royal Corps of Transport.
Le manque de fonds va aussi entraîner la mise en réserve ou la condamnation à court terme, voire assez rapidement, d’un certain nombre d’unités en service à l’heure actuelle. Ce seront essentiellement :
– 4 sous-marins de 1 600 t du type Porpoise dont les HMS Grampus et Rorqual ;
– le destroyer lance-missiles Hampshire bien qu’il n’ait que 13 ans d’âge ;
– les frégates HMS Llandaff, Salisbury et Leopard ;
– plusieurs dragueurs et chasseurs de mines.
Par ailleurs a été décidée la mise en réserve d’autres bâtiments dont plusieurs frégates et tous les sous-marins type Porpoise encore en service. Par contre, la Royal Navy a pu sauver le porte-hélicoptères Bulwark. Ce bâtiment, en effet, ne sera pas vendu pour la casse cette année comme le souhaitait le gouvernement, mais maintenu et entretenu en réserve pour une durée de 5 années. Cette décision constitue une solution de compromis pour la Royal Navy qui préconisait le maintien en activité du Bulwark jusqu’à la sortie de refonte du commando carrier HMS Hermes en 1978. Ce bâtiment qui va être transformé en porte-hélicoptères ASM, servira à l’expérimentation tactique des Avions à décollage et atterrissage courts/verticaux (Adac/Adav) Harrier navalisés dont le gouvernement a récemment autorisé la fabrication : ces appareils seront ultérieurement mis en œuvre par les deux croiseurs ASM type Invincible. ♦







