Armée de terre - Poursuite de la réorganisation de l'Armée de terre - Le point sur l'évolution des chars de bataille
Poursuite de la réorganisation de l’Armée de terre
Une nouvelle étape de la réorganisation progressive de l’Armée de terre sera bientôt franchie. Dans le cadre de l’allégement des frais généraux de cette armée, il sera procédé au cours de l’été à la fusion des actuelles Ve et VIIe régions militaires en une région unique qui portera le numéro V et dont le PC est fixé à Lyon.
Cette décision a été prise dans le but de rentabiliser au maximum cet élément important de commandement qu’est la région militaire. Celle-ci en effet est l’échelon majeur de l’organisation de l’Armée de terre en temps de paix. Placée sous les ordres d’un officier général de haut rang assisté d’officiers généraux qualifiés, disposant de commandants régionaux de tous les services, elle est capable de conduire de grandes affaires. Or, les actuelles Ve et VIIe régions militaires ne comportent chacune que deux divisions militaires territoriales, ce qui ne constitue qu’une faible démultiplication. La création de la division militaire territoriale de Corse modifie peu cette situation caractérisée par un déséquilibre entre les moyens de commandement et les forces engerbées.
Tout en procurant des économies de personnels, cette fusion va permettre également de créer dans de meilleures conditions la Division alpine dont tous les corps seront ainsi stationnés sur le territoire d’une seule région. Il en sera de même pour la 14e Division d’infanterie.
La nouvelle Ve région comprendra donc 5 Divisions militaires territoriales (DMT). Marseille demeurera le siège d’une division militaire territoriale importante et, pour bien marquer le rang de cette grande métropole, le général commandant cette division sera élevé au rang de gouverneur militaire de Marseille.
C’est la loi du 24 juillet 1873 relative à l’organisation générale de l’armée qui divisa le territoire national en dix-huit régions militaires, auxquelles trois autres vinrent s’ajouter ultérieurement, dont une constituée alors par l’Algérie. Chacune d’entre elles était le siège d’un corps d’armée initialement à deux divisions. Une telle organisation se justifiait par les problèmes posés par la mise sur pied et l’entretien d’une armée de masse. Elle permit notamment en 1914 le déroulement parfait de la mobilisation de plus de quatre millions d’hommes.
Le nombre de ces régions, déjà réduit de deux en 1934, fut ramené à 9 en 1946, puis à 7 en 1966. En même temps, les divisions militaires remplaçaient les anciennes subdivisions et groupes de subdivisions, permettant déjà de réaliser d’importantes économies de personnels.
Après la fusion des Ve et VIIe régions, le territoire national ne comprendra plus que 6 régions militaires.
Le point sur révolution des chars de bataille
Depuis son apparition sur le champ de bataille, lors du premier conflit mondial, le char de combat n’a pas subi de profondes modifications quant à sa conception et sa physionomie générale. Soixante ans après il se présente toujours sous la forme d’un engin comportant essentiellement une tourelle armée d’un canon, une caisse et un train de roulement chenille.
Le seul progrès réside dans des améliorations techniques et l’accroissement des performances. Tributaires, dans leur évolution, d’un compromis permanent entre des qualités par nature contradictoires : la puissance de feu, la protection et la mobilité, les chars de bataille modernes ont tous à peu près les mêmes caractéristiques, à l’exception du char britannique Chieftain plus lourd, et dont le canon est d’un calibre plus important. D’un poids de 35 à 40 tonnes pour l’AMX-30, le Leopard et les chars soviétiques, pouvant atteindre 48 t pour les chars américains, ils sont équipés de moteurs de 720 à 820 chevaux qui leur confèrent une puissance spécifique (1) de 15 à 20 chevaux/t. Ils peuvent ainsi atteindre des vitesses instantanées de 50 à 60 km/heure sur route et des vitesses soutenues de 20 à 30 km/h en tout terrain. Leur autonomie est généralement de l’ordre de 500 km. Presque tous peuvent effectuer des franchissements en immersion et sont aptes au combat en zone contaminée par les agents NBC.
Le calibre des canons est de 105 mm chez les Occidentaux et de 100 à 115 mm chez les Soviétiques. Les obus antichars utilisés, sous-calibrés, à charge creuse ou flèches (pour ces dernières, uniquement par les Soviétiques jusqu’à maintenant) sont efficaces jusqu’à 2 000 ou 3 000 m contre tous les blindages en service.
La compétition entre les nations pour obtenir la suprématie de leur char ne se traduit pas par des progrès spectaculaires mais le plus généralement par l’évolution ou l’amélioration des matériels existants. Les modèles nouveaux sont souvent dérivés des précédents et leur création ne donne pas lieu à des transformations révolutionnaires. Dans le compromis recherché entre les différentes capacités, c’est la puissance de feu qui a la priorité, puis la mobilité. Pour le moment les efforts en vue d’augmenter la protection font seulement l’objet de recherches de nouveaux alliages devant entrer dans la composition des blindages.
L’apparition récente d’un nouveau char soviétique, la recherche d’un nouveau char Otan et le projet de valorisation du char AMX-30 confirment bien ces différentes tendances.
Le nouveau char soviétique T-64
Appelé à remplacer peu à peu le T-62, un nouveau char commence à équiper les formations blindées soviétiques. Dérivé d’un prototype expérimenté depuis 1970, il est désigné sous l’appellation T-64, ou parfois T-72 dans certains documents occidentaux. Par sa silhouette générale et son aspect extérieur, à l’exception de certains détails – position du poste de pilotage au centre, tourelleau du chef de char déplacé de gauche à droite, six galets et trois rouleaux porteurs au lieu de cinq galets dans le train de roulement, canon plus long – il présente de grandes similitudes avec le T-62.
Son poids serait d’environ 40 tonnes. Un moteur d’une puissance de 900 à 1 000 chevaux lui donnerait une puissance spécifique de 23 chevaux/tonne, ce qui lui permettrait d’atteindre une vitesse maximale de 70 à 80 km/heure sur route. Mais le progrès le plus important réside dans son armement. Son canon de 125 mm, contre 115 mm pour le T-62, tire un obus flèche aux performances améliorées et est assisté d’un système de conduite de tir très élaboré. Il dispose en outre d’un système de chargement automatique qui permet d’augmenter la cadence de tir et de réduire à trois le nombre des membres de l’équipage.
États-Unis et Allemagne : vers un char unique ?
Les Américains et les Allemands souhaitent remplacer leurs chars respectifs actuels, le M60 pour les premiers et le Leopard pour les seconds, par un char unique. Chacune des deux nations met à cet effet en compétition un prototype. Le modèle retenu devrait équiper les armées de ces deux pays et probablement de la plupart des autres membres de l’Otan.
Il s’agit d’une affaire importante car, selon The Economist, le montant du contrat serait supérieur à celui du « marché du siècle » qui avait mis en compétition le Mirage F1 avec ses rivaux américains [NDLR 2024 : le F-16].
Le modèle proposé par les Allemands est une version dérivée du Leopard II en service depuis un an dans la Bundeswehr. Les Américains, quant à eux, conçoivent un modèle entièrement nouveau le XM1 [NDLR 2024 : prototype qui donnera le M1 Abrams]. Les caractéristiques des deux projets sont très voisines. Les deux chars seraient équipés d’un moteur de 1 500 chevaux permettant une forte accélération instantanée et développant, pour un poids de 54 t, une puissance spécifique jamais atteinte jusqu’alors, de l’ordre de 30 chevaux/t. Le prototype américain pourrait utiliser un système de propulsion par turbine à gaz. Deux canons sont également en compétition : le canon américain de 105 mm standard Otan, mais pouvant tirer un nouvel obus-flèche qui vient d’être mis au point, et le canon allemand de 120 mm tirant également un obus-flèche qui est en cours d’expérimentation. L’adoption de ce dernier aurait pour effet soit de créer une rupture dans la standardisation des canons de chars des pays membres de l’Otan, soit d’entraîner le remplacement de tous les tubes actuellement en service dans ces pays.
Enfin, la conception des organes de conduite devrait marquer un progrès important, notamment grâce à un système de stabilisation de l’ensemble canon-lunette de visée permettant l’acquisition des objectifs pendant la progression, le char ne s’arrêtant que le temps nécessaire pour tirer, et par l’utilisation d’un télémètre laser et d’un calculateur.
La confrontation entre les prototypes américains et allemands commencera en septembre et devrait se terminer vers la mi-décembre. Le choix sera facile si l’un des deux modèles est nettement supérieur à l’autre, il n’en sera pas de même dans le cas contraire. Des difficultés sérieuses risquent alors de surgir, pouvant déboucher sur la construction séparée des deux modèles, comme cela s’était déjà produit entre la France et l’Allemagne.
France : valorisation de l’AMX-30 et étude du char futur
De son côté, la France cherche à améliorer l’AMX-30. Ce char, dans sa conception actuelle, est loin d’être dépassé. C’est un excellent char moderne dont la valorisation se poursuit afin de lui conserver pendant toute sa durée de vie une bonne valeur opérationnelle et des performances techniques comparables à celles de ses adversaires éventuels.
En ce qui concerne l’armement, il s’agit d’augmenter la capacité de tir de jour comme de nuit. Deux solutions sont envisagées. La première consisterait à conserver le canon de 105 mm actuel en le couplant à une conduite de tir Cotac (Conduite de tir automatique pour char), qui équipe déjà les prototypes de l’AMX-10RC. Le système Cotac comprend notamment un télémètre laser et un calculateur. Utilisable de jour et de nuit, il intègre instantanément tous les paramètres du tir : distance de l’objectif, vitesse de déplacement, dévers et, à partir de ceux-ci, corrige automatiquement le pointage du canon. On parvient ainsi à une très grande probabilité d’atteinte au premier coup et à une plus grande rapidité du tir. Cette dernière est encore augmentée grâce à une hydraulique asservie plus perfectionnée.
S’ajoutant à cette amélioration, la possibilité d’utiliser avec le canon de 105 mm, la nouvelle munition flèche américaine accroîtrait sérieusement les performances de l’armement principal de ce char.
La deuxième solution consisterait à adopter un canon de 120 mm à âme lisse tirant l’obus-flèche, associé à une conduite de tir Cotac simplifiée.
L’adoption de l’une ou l’autre de ces solutions dépendra des conclusions de l’étude coût-efficacité.
Pour obtenir une bonne capacité de combat par mauvaise visibilité, on a pris le parti de doter le char d’une caméra à bas niveau de lumière qui assure au tireur et au chef de char une vision jusqu’à 1 500 m par nuit noire.
Par ailleurs, la valorisation de la mobilité est également projetée. Elle serait obtenue par l’accroissement de la fiabilité des différents organes, l’augmentation de la puissance du moteur et l’adoption d’une chenille aux performances accrues.
Parallèlement à cette revalorisation, des études sont en cours en vue de définir les caractéristiques d’un nouveau char, le char futur qui devrait prendre la relève de l’AMX-30 au-delà de l’horizon 1990 [NDLR 2024 : le Leclerc]. ♦
(1) La puissance spécifique est le rapport puissance moteur/poids du char. Plus la puissance spécifique est élevée, plus la mobilité du char est grande.


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