Outre-mer - Deux pays en marge de la crise : le Cameroun et le Gabon - Les États-Unis et l'Afrique
À l’heure où de sombres dépêches arrivent des pays du Tiers Monde, où l’objectif d’une croissance de 6 % du Produit national brut (PNB) ne paraît plus pouvoir être atteint au cours de la deuxième décennie du programme des Nations unies pour le développement, où le but que s’étaient fixé les « 77 » à Lima en 1974 de participer pour un quart à la production industrielle mondiale d’ici l’an 2000 apparaît trop ambitieux, des pays comme le Cameroun et le Gabon font figure de privilégiés. Il ne leur semble pas impossible d’honorer des échéances devant lesquelles bien d’autres avouent désormais leur impuissance. Le fait mérite d’être souligné. Comment l’expliquer ?
Le Cameroun tire avantage d’une politique prudente et mûrement conduite par le président Ahmadou Ahidjo. D’abord fédération, aujourd’hui État unitaire, ce pays peut considérer qu’à chacune des étapes de son histoire il atteint ses objectifs à cent pour cent. Le choix des institutions n’est pas étranger à cette réussite, bien au contraire. Dès 1962, s’adressant au IVe congrès de l’Union camerounaise, le président Ahidjo insistait sur les risques d’instabilité que sa propre diversité faisait courir au pays : « nous avons la conviction que l’assimilation de la démocratie européenne mot pour mot, forme pour forme, nous fera inévitablement sombrer dans l’anarchie ou dans la dictature » déclarait-il en vue de justifier le régime présidentiel. Un régime fort bien adapté au caractère africain pour qui le pouvoir est toujours personnalisé, toujours monocéphale. Le chef, dans la société traditionnelle africaine n’est-il pas l’incarnation de l’unité de la communauté et le symbole de sa permanence ? Le chef de l’État camerounais est réputé pour son laconisme, son goût du secret : ce qui fait pourtant l’essentiel de sa démarche est le pragmatisme. Lui seul pouvait mener à l’unité les cent peuples divers qui composent le Cameroun.
L’année dernière, après quinze ans de magistrature suprême, on disait que le président Ahidjo abandonnerait le pouvoir. Il n’en fut rien mais son nouveau mandat de cinq ans coïncide avec la mise en place de nouvelles structures gouvernementales. Jusqu’alors le président était aussi le chef du gouvernement. Depuis l’année dernière il en va autrement et un poste de Premier ministre a été créé. Le 30 juin, son titulaire fut désigné : M. Paul Biya, un homme discret mais efficace. Tout le monde a vu dans cette initiative une sorte de succession planifiée. Dans l’immédiat elle vise à donner une plus grande souplesse et plus de dynamisme à l’équipe gouvernementale. Sans doute le président Ahidjo jugea-t-il cette évolution nécessaire au moment où la dernière main était mise au quatrième plan quinquennal. Un plan qui devrait consacrer la relance économique après deux ans de stagnation. Celle-ci n’a toutefois pas compromis la bonne exécution du troisième plan. De nombreux projets ont pu être menés à terme l’an dernier et d’autres le seront cette année.
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