L'épineux problème chypriote, la question complexe des minorités et les litiges à propos du statut de la mer Égée nourrissent la rivalité gréco-turque et remettent en question l'équilibre dans cette région du monde où les desseins stratégiques des Soviétiques et des Américains se croisent. L'affaire de Chypre et ses suites illustrent bien les risques d'un recours inconsidéré à la pratique de la crise contrôlée. Le flanc Sud de l'Otan reste dangereusement affaibli par les séquelles du conflit gréco-turc. Il est essentiel que les deux pays ne se laissent pas entraîner, du fait de leur contentieux, à prendre des risques qui finiraient par compromettre leur coexistence harmonieuse, pourtant indispensable à leur effort de construction. Là se situent les vraies priorités.
Dangereuse rivalité gréco-turque en Méditerranée orientale
L’avion de ligne qui dans la gloire de midi s’envole d’Athènes pour Istanbul, après avoir viré sur la dentelle des côtes de l’Attique, tourne le dos au soleil et s’enfonce résolument dans la direction du Nord. C’est en vain que le voyageur cherche des yeux dans les lointains bleutés de la mer Égée l’approche des côtes d’Asie Mineure. Ce qu’il aperçoit bientôt sous ses pieds avec surprise, ce sont les trois doigts, si caractéristiques, de la Chalcidique s’enfonçant dans la mer. Au bout d’une heure, à la verticale de Sofia, l’avion exécute un angle droit et pique dans la direction de la Thrace et des Détroits turcs. Désormais, pour aller d’Athènes à Istanbul, le plus court chemin n’est plus la ligne droite. Au-dessus de la mer Égée, c’est le vide aérien, égratigné seulement par les vols militaires grecs et turcs que surveillent étroitement les radars.
Le contrôle de l’espace aérien n’est pas la seule cause de discorde. Depuis que le pétrole a jailli au large de Thasos, la question de la dévolution des fonds marins est posée en termes aigus. De même celle des eaux territoriales. Demain, peut-être, celle des îles grecques proches de la Turquie. À Chypre, les deux pays s’affrontent par communautés chypriotes interposées. Les événements de l’été 1974 ont amené la Grèce à se retirer de l’Organisation militaire intégrée de l’Alliance Atlantique. La Turquie a remis en cause le statut des bases américaines sur son sol.
Avec des périodes de tension aiguë, il y a crise latente entre la Grèce et la Turquie. Quelles en sont les raisons profondes ? Une nouvelle « Question d’Orient » est-elle ouverte ? À l’évidence, il ne s’agit pas seulement d’une querelle purement locale. Les implications sont complexes et dépassent largement le cadre de la région. Le triangle gréco-turc-chypriote a une valeur stratégique exceptionnelle. Il est au croisement de deux volontés : celle de la Russie traditionnelle, de s’ouvrir la route du sud vers la Méditerranée et l’Océan Indien ; celle des États-Unis, de maintenir la ligne sud de « containment » et de bloquer la descente vers le Moyen-Orient et l’Afrique.
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