Politique et diplomatie - La Méditerranée : implications européennes et mondiales
La concomitance d’un certain nombre de circonstances incite à s’interroger sur la place que tient désormais la région méditerranéenne dans les affaires mondiales, le degré d’unité de cette zone, les évolutions qui s’y produisent.
Sans doute serait-il suranné de spéculer sur les chances que pourrait avoir le bassin méditerranéen de redevenir le pôle de la fermentation intellectuelle et des transformations économiques, politiques et sociales qui ont conduit par étapes à la révolution industrielle et à la société libérale occidentale. D’autres pôles se sont révélés dont l’action apparaît plus décisive sur le cours d’une histoire qui se déroule désormais à l’échelle planétaire. Il n’en est pas moins vrai que la région méditerranéenne présente des caractères qui, constituant son originalité, lui donnent aussi, même dans le monde transformé qui est le nôtre, une importance particulière. En premier lieu, la Méditerranée est la charnière entre le vieux monde industrialisé d’Occident et la frange en développement des États d’Afrique et d’Asie ; charnière ou cordon ombilical que l’on ne peut envisager sérieusement de trancher, tant les deux parties, le Nord et le Sud, ont intérêt à maintenir cette cohésion. Aussi bien, les déclarations ou les actes tendant à couper ces liens doivent-ils être interprétés comme l’effet de vicissitudes passagères, non comme l’expression d’un changement de longue durée.
En second lieu, malgré l’unité en profondeur que révèle un parcours méditerranéen, il est rare de trouver, concentrés en si peu d’espace, tant de cultures et de traditions différentes, tant d’intérêts opposés, tant de conflits irréductibles. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la Méditerranée n’a pratiquement jamais cessé de connaître, ici ou là, la guerre : israélo-arabe, anglo-franco-égyptienne, algérienne, turco-chypriote, libanaise. Et ce fut à travers la Méditerranée que commença, en Espagne, le prélude à la deuxième guerre mondiale. En d’autres termes, l’espace méditerranéen demeure une zone de crises ; et même si certaines de celles-ci n’affectent pas l’équilibre mondial, et par conséquent ne comportent pas le risque d’un affrontement planétaire, d’autres peuvent théoriquement « déraper » jusqu’à l’affrontement des deux Grands. Si l’on ajoute à cela que la Méditerranée est limitrophe de l’un des deux Grands, on doit en tirer la conclusion qu’elle ne peut pas ne pas continuer à jouer un rôle important, sinon décisif, dans les affaires mondiales.
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