La Russie est divisée entre la « bulle oligarchique » qui se comporte en acteur multinational transgressant souvent la légalité, et la « Russie arrêtée » qui empêche le pays de devenir un pôle de richesse mondial. Quant à la population, elle est la grande oubliée de l’histoire. Conscients du délabrement de leur terre natale, les oligarques ont dans leur majorité compris qu’ils ne pouvaient plus rester dans une conception « nationale » des affaires. Pour agrandir leur empire, ils ont besoin de partenaires solides, dont la plupart opèrent hors de la Communauté des États indépendants (CEI). La volonté des oligarques sera vraisemblablement un critère essentiel lors de la prochaine élection présidentielle de mars 2004.
Oligarchie et élection présidentielle
Le cauchemar communiste s’estompe doucement en Russie, et les feux follets de l’homo sovieticus se dissipent avec lui. Le pays de Tolstoï a fini de vivre sous la férule de ce qu’Emmanuel Kant appelait les « paternalistes », figure de style masquant l’État despotique qui infantilisa son peuple en l’enfermant dans l’assistanat. L’entrée dans la modernité suscite la frustration d’une large partie de la population ; population qui semble taraudée à la fois par la nostalgie d’un système totalitaire, et par le désir d’avoir un pouvoir d’achat occidental lui permettant de s’offrir ce que les enseignes étrangères importent. Que vous arpentiez les rues bruyantes de Moscou ou les chemins de traverse des grandes agglomérations provinciales, l’occidentalisation s’accélère sous l’impulsion des jeunes générations, qui calquent leur comportement sur les séries télévisées américaines (casquette, piercing, pantalon bouffant…).
Ce modèle de Russie attirée par la société de consommation et la mondialisation constitue l’eau dans laquelle opèrent ceux que l’on appelle les « oligarques », et qui figurent en bonne place dans le magazine Forbes. 80 % des Russes interrogés en ont une mauvaise image. Il convient donc de porter un éclairage particulier sur cette classe fortunée, en cette troisième période électorale de l’histoire de la Russie, après les élections législatives en décembre 2003 et avant la présidentielle de mars 2004.
La « bulle oligarchique »
Depuis la chute de l’URSS, une classe ostentatoire de millionnaires s’est formée sur les décombres de l’ancien régime, à l’abri du pouvoir. Les acteurs de cette « bulle oligarchique » ont su cultiver des liens intimes avec le pouvoir politique.
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