Pour défendre l’Empire, l’Administration Bush s’est dotée d’un instrument militaire visant à la suprématie absolue. Elle a pris pour cible un objectif adapté à ses moyens, le renversement des régimes jugés dangereux pour la sécurité des États-Unis, et non le terrorisme international, pourtant dénoncé comme la principale menace pour le pays. Il n’est pas surprenant que les résultats obtenus sur ce plan soient très éloignés de ce qui avait été annoncé. Une autre politique, visant réellement à affaiblir le terrorisme, a été définie par la Maison-Blanche, mais elle n’a jamais été appliquée.
Une stratégie contre le « terrorisme international » ?
Depuis janvier 2001, l’Administration américaine a fait de la lutte contre le « terrorisme international » le thème presque unique de sa politique extérieure, et elle essaye de persuader tous les autres pays d’adopter la stratégie qu’elle a choisie pour combattre ce fléau. Même si l’on estime qu’il y a d’autres problèmes, parfois plus importants, dans le monde, la multiplication des attentats aveugles et l’accroissement du nombre des victimes font du « terrorisme » un problème grave pour tous les États, d’autant plus délicat que personne ne sait exactement comment le traiter. Souvent, les néo-conservateurs américains ont reproché aux Européens leur passivité, voire leur lâcheté, face aux groupes les plus extrémistes, attitude dont le seul résultat aurait été d’encourager le renforcement des organisations les plus dangereuses. Il n’est pas certain cependant que la politique musclée adoptée par l’Administration Bush ait mieux réussi.
C’est au milieu des années 90 que Démocrates et Républicains se sont lancés dans une surenchère pour dénoncer la menace que représentaient pour les États-Unis l’acquisition par des pays comme la Corée du Nord, l’Irak, l’Iran, de missiles de portée de plus en plus longue, et d’« armes de destruction massive » qui pourraient être également utilisées par des organisations terroristes (1). Pour prévenir ce danger, les Américains devaient se doter très rapidement d’une défense antimissiles capable de protéger leur territoire et leur population. Ce thème a été très fortement repris pendant la campagne présidentielle de 2000 par le candidat George W. Bush, en particulier dans une intervention devant le National Press Club à Washington le 23 mai 2000. Il soutenait à cette occasion que la Russie n’était plus l’ennemie des États-Unis, que l’arsenal stratégique américain devait donc être considérablement réduit de façon unilatérale, pour que tous les efforts soient consacrés à lutter contre les nouvelles menaces, les « pays hors-la-loi » qui acquièrent des « armes de destruction massive », et le « terrorisme international ». Les États-Unis devaient se doter de protections contre tous les risques qui pouvaient se présenter, une défense antimissiles bien sûr, mais aussi une défense intérieure renforcée, et des mesures de protection contre les armes biologiques ou chimiques, contre les attaques informatiques ou cybernétiques, ou contre les menaces envers les satellites américains.
Il s’agissait là d’une stratégie tous azimuts, mais purement défensive. C’est au contraire une politique offensive, et même preemptive, qui a prévalu. Ce n’est pas que George W. Bush, une fois installé à la Maison-Blanche, ait soudain pris conscience que le monde n’était pas ce qu’il avait imaginé, le décalage entre son discours en mai 2000 et son attitude ultérieure est due à d’autres facteurs.
Il reste 91 % de l'article à lire
Plan de l'article


.jpg)




