La conception stratégique de la France et celle de la seule hyperpuissance, si assurée d'elle-même, ne peuvent pas coïncider, ni donc leurs conceptions de la dissuasion. Pourtant la différence, bien que réelle, ne signifie pas forcément opposition, mais elle doit être expliquée par l'historique des évolutions respectives.
Notre ami américain et la dissuasion française
Ce titre « ami américain » n’est pas une moquerie par antiphrase (1). Il s’agit bien d’un ami réel. S’il en fallait encore une démonstration, des plages de Normandie jusqu’aux vignobles d’Alsace, les champs verts semés de croix blanches impeccablement et implacablement alignées, rappellent le sacrifice suprême que les GIs ont consentis pour notre liberté, lors des deux guerres mondiales. Bien sûr, pour leurs dirigeants, l’altruisme n’était pas la seule motivation, et Churchill eut bien du mal à faire admettre le front occidental comme prioritaire par rapport à la vengeance du « day of infamy » (Pearl Harbor). Pour l’exécutant, depuis la guerre d’Indépendance, la France est restée comme un mythe sympathique, un peu incompréhensible, mais envers lequel il faut se montrer indulgent… jusqu’à un point limite, certes, mais qui va quand même jusqu’à se battre pour elle.
L’opinion américaine n’est ni celle des think-tanks de la côte Est, ni celle des médias modernistes de la Californie. Pourtant, pas mieux qu’eux, elle ne peut comprendre qu’un pays comme la France (de l’Ancien Continent, donc a priori un peu civilisée quand même) puisse vouloir résister à l’attraction naturelle de la nation américaine, qui est à l’évidence l’expression de la volonté divine, manifestée par la démocratie ; mais ce sont les éditorialistes qui nous en gardent rancune, pas l’Américain moyen. Et certains parmi les éditorialistes (2) commencent même à entrevoir la raison des réticences françaises, en particulier en Irak.
Si les troupes américaines avaient trouvé des caches « d’armes de destruction massive » (les bien mal-nommées) (3), les ricanements auraient été nombreux à l’encontre de la France. Après des années d’inspections et de démantèlement sous l’égide de l’AIEA, il n’était pas vraisemblable que l’Irak ait pu constituer un arsenal nucléaire. L’arme biologique est bien capable d’hécatombe massive, mais la petite taille des installations suffisant à la préparer rendait bien aléatoire de découvrir celles-ci, sauf en cas de dénonciation préalable. Quant à l’arme chimique, c’est une arme de massacre ou de terreur, mais pas une arme de destruction massive. Là encore, la taille des installations, qui de plus peuvent avoir un caractère dual en fabriquant ouvertement des insecticides, les rend bien difficiles à découvrir.
Il reste 93 % de l'article à lire
Plan de l'article


.jpg)




