Dressant le panorama de l’armement terrestre français, l’auteur montre qu’il est en déclin. Les perspectives nationales et européennes apparaissent très sombres alors que l’industrie américaine, déjà en position très dominante se montre particulièrement offensive en Europe même. D’un strict point de vue économique l’Europe doit réagir et les choix sont limités. L’auteur suggère une spécialisation par type de matériel, une redistribution des tâches au sein d’un système européen repensé. Il restera à retenir la stratégie à l’égard de l’industrie américaine : affrontement ou coopération négociée ?
L'industrie française de matériel militaire terrestre dans le contexte économique international
Tandis que l’on dispose de nombreuses études sur l’aéronautique et l’espace, les analyses strictement économiques sur les industries du matériel militaire terrestre sont beaucoup plus rares (1). Elles sont plus souvent internes au secteur et les articles qui lui sont consacrés ne sont disponibles que dans des revues spécialisées comme L’Armement.
Cette lacune s’explique principalement par des raisons méthodologiques. D’une manière générale, l’identification statistique de l’ensemble des entreprises qui fournissent des équipements à la Défense nationale, pose de sérieux problèmes. Des efforts ont été entrepris par l’Observatoire économique de la Défense (OED), qui est notamment à l’origine de la base de données Sandie (Statistiques annuelles sur la Défense, ses industries et ses entreprises) obtenues en croisant, selon une procédure originale, des informations recueillies par la DGA et par les syndicats professionnels du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) et du Groupement des industries concernées par les matériels de défense terrestre (Gicat). La complexité croissante des relations entre la structuration des entreprises et leurs activités concernant la défense rend encore plus délicate la construction, sur cette base, d’un chiffre d’affaires « défense » qui serait représentatif de ce secteur (2).
Un secteur hétérogène
Ces difficultés se trouvent accrues dans le cas des matériels terrestres. Leur définition recouvre, en effet, l’ensemble des biens d’équipements commandés par l’Armée de terre auquel il faut ajouter les exportations. Un tel agrégat, dont l’unité réside dans la demande militaire finale, trouve sa justification dans la logique de la programmation militaire. Il ne coïncide qu’imparfaitement avec la réalité des entités industrielles qui y participent — dont la somme des activités constituerait un véritable « secteur » au sens économique du terme. Or c’est dans le domaine de l’armement terrestre que l’hétérogénéité est aujourd’hui la plus grande. Le Gicat ne recense pas moins de 78 groupes au nombre de ses adhérents. Parmi eux figurent à la fois des filiales des principaux groupes de l’industrie aéronautique et spatiale (EADS, Eurocopter, MBDA) et informatique (Thales, Sagem), aux côtés d’unités exclusivement consacrées à la fabrication de matériel terrestre comme Giat Industries. D’autres acteurs majeurs, comme TDA ou Panhard, représentent une structure autonome, reliée dans le second cas au groupe Peugeot PSA.
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