Analyse des opérations de vive force de 1914 à 1973. Leçons tirées des premiers échecs et conséquences sur l’évolution du matériel, l’organisation du commandement, la logistique, les conditions opérationnelles de succès ; bref l’élaboration de la doctrine. L’auteur s’arrête à l’arrivée des hélicoptères, et au passage à la projection de forces.
Débarquements de vive force de 1914 à 1973
« Assault from the Sea », telle est l’expression très évocatrice que les Anglo-Saxons emploient volontiers, pour désigner ce qu’en français on appelle « débarquement de vive force », forme paroxystique d’opération combinée qui consiste à prendre pied, en venant de la mer, sur un rivage directement défendu par l’ennemi. Il est bien certain pourtant que, de Troie à Marathon, de Hastings à la baie de Bantry, d’Alexandrie à Sidi-Ferruch, de très nombreux débarquements ont été tentés, et fort souvent réussis, au long des siècles ; et la guerre se trouvait ainsi portée sur le territoire de l’ennemi d’outre-mer.
Dans un passé plus récent, au cours de la guerre de Crimée, le débarquement des 60 000 hommes que comptaient les troupes alliées (françaises, anglaises et turques) s’effectua, à quelque 45 kilomètres au Nord de Sébastopol, en toute tranquillité, au vu de quelques rares patrouilles de cavaliers russes, le 14 septembre 1854. Ce n’est que le 20 septembre, lorsque, marchant vers le Sud, ils voulurent franchir la rivière de l’Alma, qu’ils eurent à combattre les Russes qui les attendaient sur la rive opposée. Cinquante ans plus tard, après avoir neutralisé l’escadre russe de Port-Arthur (attaque de torpilleurs avant la déclaration de guerre, dans la nuit du 8-9 février 1904 ; mouillage de nombreuses mines, sur l’une desquelles sauta le 14 avril le cuirassé Petropavlovsk, ensevelissant l’amiral Makharov, le plus dynamique des chefs russes ; et blocus rapproché), les Japonais eurent tout loisir de débarquer leurs troupes sur la côte du Liao-toung, d’investir la forteresse (capitulation de Port-Arthur le 2 janvier 1905), et de s’en prendre enfin au gros de l’armée russe autour de Moukden.
Les choses allaient changer du tout au tout avec la Première Guerre mondiale. La présente étude se propose d’exposer, pour l’essentiel, l’évolution des tactiques de débarquement, avec quelques allusions aux problèmes techniques. Cependant, les débarquements mettant en jeu de faibles effectifs et suivis du rembarquement des acteurs aussitôt leur mission remplie, appelés autrefois « coups de main » et aujourd’hui « raids de commandos », bien qu’ils soient aussi des « assauts venant de la mer », ne seront pas, en raison de leur spécificité, envisagés ici.
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