Au-delà d'un discours sur des valeurs prétendument communes, la relation transatlantique est en crise. Or ce sont les profils des deux acteurs américains et européens qui commandent des perceptions stratégiques divergentes. En conséquence, se développent deux approches du rapport de puissance. Il existe ainsi une continuité dans la politique étrangère américaine alors qu'émerge l'Union européenne comme acteur international autonome.
États-Unis/Europe, un moment de rupture dans les relations transatlantiques ?
Les attentats de Madrid ont brutalement rappelé aux opinions publiques européennes l’actualité de la menace islamiste. Si les événements du 11 mars 2004 ont été présentés comme un 11 septembre européen, la réaction de l’opinion publique espagnole fut très différente de celle des Américains. En raison d’un climat politique particulier, les Espagnols ont désavoué leurs dirigeants lors des élections du 14 mars, qu’ils ont jugés, à tort ou à raison, politiquement responsables de la situation. Le nouveau chef du gouvernement a souhaité que Madrid se démarque désormais de Washington, Londres et Varsovie ; réaffirmant la primauté de la légalité internationale en Irak, il est revenu vers les thèses européennes de règlement multilatéral des crises sous l’autorité de l’ONU.
La succession des crises diplomatiques ces dernières années montre qu’il n’existe pas aujourd’hui de réel partenariat stratégique entre Américains et Européens. Comment comprendre leurs désaccords actuels ? Faut-il voir dans cette crise transatlantique une fracture profonde annonciatrice d’un découplage stratégique ? L’unilatéralisme américain s’explique-t-il par la dimension de première puissance de l’Amérique ? Ou bien reflète-t-il la défense d’intérêts nationalistes qui recoupent moins ceux de ses alliés historiques ? Cette attitude est-elle imputable aux différentes factions qui composent l’équipe Bush ou bien aurions-nous pu assister à un comportement similaire de la part d’une Administration démocrate ? À l’inverse, comment comprendre les prises de position européennes ? Inaugurent-elles l’émergence d’un nouvel acteur géopolitique à part entière ?
Derrière les habituels maîtres mots d’un monde libre partageant les mêmes valeurs, les États-Unis et l’Europe sont deux ensembles profondément différents qui réagissent en fonction de leur profil.
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