Dernier avatar du complexe militaro-industriel, les sociétés militaires privées (SMP) sont la traduction, en économie libérale, des activités de mercenariat jusqu'alors honnies et cachées. L'incident de Falloujah en Irak, en attirant l'attention des médias, a brusquement dévoilé au grand public l'envers du décor de la défense américaine, et plus généralement, le degré d'immixtion du capitalisme moderne dans la façon américaine de faire la guerre. N'en déplaise à ses détracteurs, elle sera, à n'en pas douter, très prochainement la nôtre. Cette révolution est sans doute aussi considérable que celle que l'on a cru percevoir, à tort, lors de la première guerre du Golfe. En brouillant les pistes sur l'identité véritable des protagonistes de la guerre, elle dessert les stratégies d'influence internationale et pose par ailleurs de nouveaux problèmes.
Soldats à vendre : la guerre privatisée ?
« Les (armées) mercenaires et les auxiliaires sont inutiles et dangereuses, car si tu fondes ton État sur l’appui de troupes mercenaires,
ton trône restera toujours branlant.
C’est qu’elles sont désunies, ambitieuses, indisciplinées, infidèles… ». Machiavel
Il est devenu parfois difficile, de nos jours, de faire la différence entre civils et militaires dans un théâtre d’opérations. Tellement difficile que l’opinion publique mondiale a bien failli croire, le 31 mars dernier, que les « volontaires » occidentaux sauvagement assassinés à Falloujah, en Irak, sous l’œil avide des caméras, étaient bel et bien des humanitaires. Les États-Unis se sont réveillés avec la gueule de bois, croyant voir se rejouer les horribles images de Mogadiscio en 1993. Et le Pentagone s’est trouvé bien embarrassé d’expliquer aux médias que les quatre Américains en armes immolés par la foule n’étaient pas des soldats de la coalition, mais les employés d’une société militaire privée (SMP) chargée de la protection du chef de l’Autorité provisoire, Paul Bremer.
Derrière ce tragique évènement, ignominieux mais finalement banal dans son contexte, c’est tout un pan de l’économie de la défense qui vient de prendre un nouveau tournant. L’État conservait jusqu’à présent le monopole de la violence légitime, et ce depuis la signature des Traités de Westphalie en 1648-1649, qui, pour la première fois, définissaient les bases de la souveraineté des États au sens moderne. Pendant plus de trois siècles et demi, la norme internationalement acceptée était que seuls ces États-nations étaient habilités à faire (légalement) la guerre. Or, non sans une certaine surprise, l’incident de Falloujah vient de nous révéler le degré de déliquescence et de dilution de ce monopole au nom d’une conception pour le moins très libérale de la guerre.
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