Ayant été réélu pour un second mandat le 10 mars 2004, le président taiwanais Chen Shui-bian se trouve désormais confronté à un dilemme : poursuivre son chemin sur la voie de l'indépendance, en contradiction avec la politique de Washington et avec le risque de provoquer un conflit majeur avec la Chine populaire ; ou bien renoncer à cette voie dangereuse et choisir la négociation avec Pékin sur les termes d'une réunification, au risque de décevoir son électorat et de saper les assises de son parti. L'année 2008 sera celle de tous les dangers avec la prochaine élection présidentielle taiwanaise, mais aussi les Jeux olympiques de Pékin, deux événements politiquement très sensibles.
La réélection du président taiwanais : analyse prospective
Le 20 mars 2004, les Taiwanais ont reconduit, à une infime majorité, le président Chen Shui-bian pour un mandat de quatre ans, ce qui devrait permettre au Parti démocrate progressiste de poursuivre le chemin de la « taiwanisation » entamé en mars 2000. Pendant toute la durée de son mandat, en effet, et en particulier dans les derniers mois précédant l’élection, Chen Shui-bian n’a cessé de souffler le chaud et le froid, menaçant Pékin d’une indépendance unilatérale et mettant son allié américain en difficulté. Ayant retenu la leçon des élections de 1996 et 2000 où les menaces et les pressions exercées par la Chine populaire sur les autorités taiwanaises, y compris les démonstrations de force dans le détroit de Formose, avaient de toute évidence contribué à la victoire des candidats présentés comme indépendantistes, les dirigeants de Pékin avaient pourtant cette fois adopté un profil relativement bas. Ils se sont contentés de mettre en garde M. Chen contre un référendum dont les questions auraient directement porté sur les perspectives d’indépendance. Cette stratégie a également échoué. Désormais, le président taiwanais et son parti se trouvent confrontés aux engagements qu’ils ont pris pendant la campagne électorale. Les réalités géopolitiques régionales et internationales risquent de contraindre le président taiwanais à revoir ses positions et à renoncer à sa stratégie de confrontation, au profit d’une démarche plus progressive et conciliante des négociations avec Pékin, qui continue à affirmer sa détermination à empêcher, coûte que coûte, l’indépendance de l’île.
L’élection et le référendum de mars 2004
En 2003, le président taiwanais avait annoncé l’organisation, parallèlement à l’élection présidentielle de mars 2004, d’un référendum, le premier de l’histoire de l’île, portant sur la question de son indépendance formelle vis-à-vis du continent. Après une hésitation de plusieurs mois, il avait maintenu ce projet mais il s’était résigné sous la pression de Washington — George W. Bush ayant déclaré que « les commentaires et les actions du dirigeant de Taiwan indiquent qu’il pourrait souhaiter prendre des décisions unilatérales pour changer le statu quo, ce à quoi nous nous opposons » — et avait renoncé à soulever ouvertement la question de l’indépendance. Les deux questions posées étaient donc plus ambiguës :
• « Si la Chine continentale refusait de retirer les missiles qu’elle a pointés contre l’île et de renoncer ouvertement à la force contre nous, accepteriez-vous que le gouvernement acquière de nouvelles armes antimissiles modernes pour renforcer les capacités d’autodéfense de Taiwan ?
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