L'Europe a-t-elle, ou n'a-t-elle pas, les moyens de sa puissance ? Lui faut-il toujours ce tuteur si possessif ? On a parlé d'« inhibition incompréhensible ». Après s'être, hier, déchirée sur la guerre en Irak, elle préfère aujourd'hui tempérer, voire oublier ; ou encore se résigner. La volonté politique, qui lui fait tant défaut, n'émanera pas des textes, elle viendra des individus. Sans doute lui faudra-t-il aussi une nouvelle race d'hommes... Dans le domaine de la défense, elle rappelle, avec force et détermination, ce qu'elle disait au semestre précédent et qui reprenait déjà ce qu'elle se proposait de décider six mois auparavant. Puis, elle s'aligne. Osera-t-elle un jour s'élancer, ou l'action (politique) l'effraie-t-elle à ce point ? Les craintes, quant à cette autonomie qu'elle prétend vouloir cultiver, sont largement fondées...
Supplétifs des Américains, belle ambition pour l'Europe
S’il importe de dire les choses, il convient également, selon leur degré de gravité, de les rappeler ; pour le salut de la conscience universelle. Pour tout autre État, c’était la sanction assurée : condamnation sans appel, résolution contraignante aux Nations unies, boycott, embargo. Pour tout autre que G. Bush, et accessoirement T. Blair, c’était au bas mot une accusation de crimes de guerre (1) ; mais tous ces dirigeants ont été exonérés, les responsabilités incombant au FBI, à la CIA et aux services secrets britanniques. Il est curieux cependant que des services aussi prestigieux et si performants n’aient pas permis au Royaume-Uni, pour prendre un pays comparable, d’aboutir aux mêmes conclusions qu’en France. Depuis, c’est de partout, États-Unis, Angleterre, Australie que parviennent des accusations de mensonges d’État…
Après les attentats effroyables du 11 septembre 2001, les États-Unis plaidèrent la légitime défense, ce que le monde entier était disposé à accepter. Personne n’osa protester, hormis quelques radicaux au Proche-Orient, tant l’horreur avait été insupportable. La guerre éclate en Afghanistan, déjà frappé par un raid de représailles le 21 août 1998, puis elle se déplace vers l’ouest moins de deux ans plus tard, et c’est Iraqi Freedom. Après la loi du talion, la guerre « préemptive ». Dans un monde qui prétend vouloir éradiquer l’arbitraire et promouvoir la civilisation et les valeurs occidentales, à l’aube d’un siècle qui ne veut pas reproduire les monstruosités du précédent, peut-on penser un seul instant que ces méthodes doivent faire école et (nous) servir de référence ? Contribuerons-nous par tacite approbation à permettre aux plus puissants de légitimer leur force pour en faire le droit ?
Aujourd’hui, en Irak, « les États-Unis souffrent de graves problèmes d’effectifs » (2). Cela ne traduit rien d’autre qu’un besoin criant d’Européens, le cas échéant de l’Otan. Malheureusement, lorsqu’elle prend des décisions, l’Otan, surtout sollicitée par les États-Unis, se distingue par une « objectivité partiale » : c’est une organisation bien trop inféodée à son grand pourvoyeur de sécurité. Sans la résistance franco-allemande, exprimée avec hardiesse et éclat en 2003, l’Otan serait totalement vassalisée. Pourtant la spécificité de l’Europe n’est pas dépourvue d’intérêt : bien qu’incapable de bander ses muscles, elle propose néanmoins un savoir-faire particulier et des solutions globales, où la composante militaire ne forme pas l’essentiel. Quasi-impasse en Afghanistan (si l’élection présidentielle a été maintenue au 9 octobre 2004, les législatives furent reportées à avril 2005 dès le 9 juillet dernier), enlisement en Irak (malgré le transfert de souveraineté effectué le 28 juin) : pour donner le change, malgré l’aveu implicite de T. Blair devant une commission d’enquête parlementaire (3), on entretient le suspense, voire instille la peur en Amérique. Tous les deux mois, on annonce un « attentat de grande envergure » envisagé par Al-Qaïda, mais fort opportunément invérifiable. « Avantage collatéral », ces bruits alarmistes provoquent dans la foulée une flambée du prix du brut : tribut inévitable qui échoit aux compagnies pétrolières au pays du complet amalgame… Après tant et tant de mensonges, qu’est-ce qui pousserait les opinions publiques, dont l’américaine déjà passablement envoûtée en temps ordinaire, à croire sur parole semblables dirigeants ?
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