Alors que le président russe, Vladimir Poutine, a préféré ne pas se rendre au Sommet atlantique d'Istanbul (28-29 juin 2004), les forces armées nationales ont conduit d'imposantes manoeuvres militaires dans les confins extrême-orientaux du pays, et le poids diplomatique de la Russie – tant au sein de la CEI et de la jeune Communauté économique eurasienne (Eurasec) que de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – a été réaffirmé. L'exercice dépasse la simple volonté de compenser l'élargissement de l'Otan à l'Est et la forte présence américaine dans l'« étranger-proche » de la Russie. La lutte contre le terrorisme, les enjeux logistiques et énergétiques ainsi que les configurations géopolitiques jouent en ce sens. Malgré son tropisme centre-asiatique, la Russie devra composer avec la puissance émergente de la Chine au sein de son hinterland .
Les tropismes centre-asiatiques de la Russie
Les manœuvres militaires qui ont eu lieu en Extrême-Orient russe du 9 au 30 juin derniers sous le nom de code de Mobilnost’-2004 (mobilité 2004) ont surpris les observateurs par leur ampleur — le ministre russe de la Défense, S. Ivanov, les a qualifiées de « plus grand exercice qu’ait connu la Russie » (1) — et leur nature inhabituelles. Jamais encore la nouvelle Russie n’avait projeté autant d’hommes aussi loin de leurs bases, et aussi vite. La phase principale de l’exercice a en effet consisté à transporter à bord d’une cinquantaine d’avions civils et militaires, depuis la partie occidentale de la Fédération vers un terrain d’exercice en Extrême-Orient, environ 800 soldats professionnels de la 76e division aéroportée de Pskov, des troupes de marine de la Flotte du Nord et d’un bataillon de la région militaire de la Volga-Oural, ainsi qu’une centaine de véhicules blindés.
Au premier abord, l’éloignement de la zone d’exercice et le nombre d’hommes aérotransportés donnent à penser à un entraînement des Forces collectives de déploiement rapide, créées le 25 mai 2001 au Sommet d’Erevan, dans le cadre du Traité de sécurité collective de la CEI (2), et à laquelle la Russie participe à hauteur d’un bataillon, tout comme le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Le scénario de l’exercice — « préparer et effectuer un regroupement de troupes interarmes en Extrême-Orient » (3) face, selon les chaînes de télévision ORT et RTR, à une attaque provenant de « séparatistes d’un pays oriental » tentant de s’emparer d’une partie de la façade maritime russe (4) — plaidait lui aussi pour cette hypothèse. Pourtant l’exercice s’est clôturé le 29 juin par le tir, depuis le SNLE Ekaterinbourg, en plongée en mer de Barents, d’un missile SLBM (Submarine Launched Ballistic missiles) vers le polygone d’essai de Koura au Kamchatka, doublé du tir d’un missile de croisière vers la Nouvelle Zemble par un bombardier Tu-95MS. Si, d’évidence, Mobilnost’-2004 a cherché dans un premier temps à frapper loin, fort et vite une menace conventionnelle, dans l’esprit du concept d’« utilisation préventive de la force » (preventivnoye premeneniya sily) cité par la mise à jour de la doctrine militaire de 2000 publiée le 11 octobre 2003 (5), il a également tout d’une classique riposte graduée.
Mobilnost’-2004 n’était pas une simple démonstration « technique ». Comme tous les exercices de grande ampleur réalisés par la Russie ces dernières années, il faut aussi l’interpréter en termes de politique étrangère et avant tout parce qu’il a coïncidé, et ce n’est sûrement pas un hasard, avec une série d’événements importants qui se sont déroulés en Asie centrale et avec le Sommet de l’Otan d’Istanbul, auquel V. Poutine à grand renfort de publicité avait refusé de se rendre. La présence du président le 24 juin à Vladivostok, c’est-à-dire quatre jours à peine avant l’ouverture du Sommet, est d’ailleurs un symbole fort dont est friand le personnage.
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