Le concept de Grand Moyen-Orient (GMO) est apparu officiellement il y a deux ans à Washington. À l'origine, il s'agissait d'esquisser un plan de redressement économique et sociétal pour le monde arabo-musulman et au-delà, et qui devait servir de justification à l'interventionnisme américain, pour finir quasiment oublié. Car ce Grand Moyen-Orient est un concept géopolitique à volet médiatique. Or les opinions arabo-musulmanes n'ont pas suivi. Les événements en Israël-Palestine, et en Irak, ont vidé ce plan de son sens. Pourtant, tout avait été pensé avec soin.
L'échec du Grand Moyen-Orient
En parallèle à la guerre contre les terroristes et insurgés en Irak, le gouvernement américain poursuit une opération de séduction des « cœurs et des âmes » dans le monde musulman. Cette expression est d’ailleurs librement utilisée à Washington.
L’opération de séduction est appelée « initiative », parfois « partenariat », ou encore « projet ». Elle s’articule autour d’une campagne de communication combinée à un programme d’aide au développement. La zone géographique visée porte plusieurs noms : en 2002, on parlait du Grand Moyen-Orient (GMO), et en 2004 le nom s’est transformé en « Moyen-Orient élargi et Afrique du Nord ». Les modalités de cette opération pour le Moyen-Orient sont en constante révision depuis pratiquement deux ans, et cela se reflète dans le flottement des appellations (1).
Cette « initiative » est essentiellement un exercice de diplomatie publique dont le résultat est déjà mitigé voire nul, comme l’a concédé le 19 août 2004 Condoleezza Rice, conseillère pour la sécurité nationale du président Bush. Les raisons de ce semi-échec résident dans la difficulté extrême de lancer une initiative de diplomatie publique en plein remodelage géostratégique. En clair, comment peut-on séduire alors que visiblement l’on poursuit des buts géostratégiques ? Dans l’Administration Bush, l’on a désespérément envie de séduire le Congrès, la presse, et les Américains en général, afin de réussir le projet géostratégique. C’est d’autant plus nécessaire que la classe politique américaine et l’opinion publique rechignent à assumer le lourd fardeau d’un nouvel hégémonisme. Cette réticence explique l’imprécision et l’inefficacité des explications non-militaires que fournit l’Administration au sujet de l’initiative pour le Moyen-Orient. L’échec de l’offensive pour « les cœurs et les âmes » est clair, selon les critères même de ceux qui l’ont inventée.
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