Cet article est la version abrégée d'une conférence donnée à l'École d'état-major de Libreville dans son cycle de conférences ouvertes aux stagiaires militaires et partenaires civils (mars 2004). La démocratisation comporte des exigences de restructuration pour les armées africaines en vue de leur professionnalisation. Cette restructuration nécessite, entre autres, qu'elles deviennent des armées nationales dépolitisées, au civisme affirmé ; de réelles institutions républicaines. Par ailleurs, la réappropriation par les militaires de leur propre esprit, la sortie de ces derniers du jeu politique es-qualité, leur capacité à rejeter les ordres illégaux et l'intégration de la défense de l'état de droit et des droits de l'homme dans leur doctrine de sécurité sont des exigences tout aussi nécessaires pour l'avènement des armées de la démocratie.
Quelles armées pour la démocratie en Afrique ?
En Afrique, la désertion, par nombre d’officiers supérieurs, des postes de commandement des états-majors ou des unités opérationnelles de l’armée pour s’emparer de la direction politique et gouvernementale des États a conduit à l’avènement des armées au pouvoir. La généralisation et la banalisation des régimes militaires ont structuré au sein du continent, des armées qui, en même temps qu’elles assurent leur compétence traditionnelle de défense de l’État, détiennent et monopolisent la décision politique au sein des appareils de gouvernement. L’armée est ainsi un protagoniste majeur du jeu politique ; un acteur essentiel dans les luttes de conquête, de monopole et de conservation du pouvoir d’État. Dans ces conditions, la stabilisation et la consolidation des processus démocratiques sur le continent sont tributaires du comportement et de l’attitude de l’armée, d’une part, et de son traitement par les tenants du pouvoir politique, d’autre part. Le comportement politique de l’armée est une problématique majeure qui se situe au cœur du jeu démocratique en Afrique en ce sens qu’elle permet d’approfondir la réflexion sur le renforcement de la démocratie et de l’état de droit au sein du continent.
Si chaque armée est ainsi fille d’un ordre politique, il va de soi que le changement ou la modification de celui-ci puisse induire une transformation de celle-là. Le défi majeur ici est celui de la transformation ou plutôt de la transition politique des armées africaines qui devraient reconstruire leur image sociale et politique, en cessant d’apparaître comme des gardes prétoriennes ou même des milices privées de certains dirigeants, pour s’illustrer comme de véritables forces républicaines et patriotiques travaillant pour les intérêts globaux de l’ensemble des citoyens. Il s’agit d’une réflexion qui peut, à bien des égards, s’orienter vers deux principales perspectives.
Premièrement, dans des pays où l’armée n’a pas eu à prendre le pouvoir et qui sont par conséquent gouvernés par des régimes civils, comment l’armée peut-elle participer au jeu démocratique de manière à contribuer à son enracinement et à sa consolidation ? Doit-elle automatiquement soutenir les majorités régnantes, ou doit-elle se constituer en une mémoire vigilante et en une conscience démocratique vivante faisant pression sur l’ensemble des acteurs politiques pour l’organisation d’un jeu politique consensuel, équitable et transparent ? Deuxièmement, pour ce qui est des États dans lesquels l’armée est au pouvoir par l’intermédiaire des chefs militaires, comment celle-ci peut-elle intervenir dans le jeu démocratique sans risque d’affirmer un parti pris pour les chefs militaires en vertu des affinités de corps ? La mutation que les armées africaines doivent encore opérer constitue le tournant décisif à amorcer et à bien négocier en vue de leur rénovation et de leur modernisation ; c’est-à-dire leur passage de simples gardes prétoriennes à des corps républicains travaillant et agissant au nom de l’intérêt collectif de la nation. L’avènement de cette mutation, qui d’ores et déjà s’opère, nécessite pour son meilleur aboutissement que les militaires et les politiques assument pleinement leur responsabilité.
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