La crise irakienne a introduit dans tout le Proche-Orient une série de turbulences qui n’épargne pas les petites monarchies du Golfe. Les dynasties régnantes au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis et à Oman, dont la légitimité a été érodée au cours de la dernière décennie, doivent trouver un nouveau positionnement dans cette nouvelle « Méditerranée américaine ». Situées tout près de l’épicentre, elles ont partie liée avec la guerre en Irak, et en subissent l’onde de choc. Entre impératifs du remodelage et antagonismes internes, ces petites monarchies du Golfe ont d’immenses défis à relever.
Les petites monarchies du Golfe et l'onde de choc irakienne
Carte du Proche-Orient
La crise irakienne a introduit dans toute la région du Proche-Orient une série de turbulences dont on ne mesure probablement aujourd’hui que les effets immédiats. Les pressions américaines pour le changement d’une part, le chaos irakien, sur fond de résistance identitaire et religieuse, de l’autre, menacent les régimes les plus proches de l’épicentre, ou les plus fragiles : l’Arabie saoudite et l’Iran sont naturellement exposés à cette vague de changements, qui pourrait modifier en profondeur des sociétés déjà tiraillées par des forces antagonistes. La Syrie se sait aussi dans l’œil du cyclone, ébranlée à la fois par la guerre civile à ses frontières et par les exigences américaines. Si ces pays de la « ligne de front » apparaissent de manière évidente comme ayant partie liée à la crise irakienne, les petites monarchies du Golfe (Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis et Oman) donnent l’apparence d’échapper à ces soubresauts : elles semblent suffisamment petites pour que le quadrillage policier permette de prévenir toute action terroriste ; suffisamment généreuses envers leur peuple pour prévenir toute contestation ; suffisamment occidentalisées pour éloigner le spectre du fondamentalisme.
En réalité, l’onde de choc irakienne n’a nullement épargné ces petits États, déjà éprouvés depuis quelques années par de douloureuses remises en question : épuisement des réserves pétrolières pour les uns, renégociation du pacte monarchique et contestation sociale pour d’autres… En outre, il leur faut aujourd’hui trouver un nouveau positionnement dans cette nouvelle « Méditerranée américaine ». Depuis cette crise, ils doivent tout à la fois répondre à des exigences démocratiques plus fortes, éloigner le spectre du terrorisme qui frappe à leurs portes, contenir le regain identitaire chiite, et accepter le déploiement des forces américaines qui ont quitté l’Arabie saoudite. Le choc irakien se surajoute ainsi aux défis structurels pour entraîner les petits États du Golfe dans une période de turbulences. Ces monarchies risquent-elles une déstabilisation, et quel sera leur nouveau visage après la crise ?
Crise de légitimité
Les micro-monarchies ont longtemps été préservées des courants contestataires qui ont traversé le Proche-Orient, qu’il s’agisse du nationalisme arabe, du fondamentalisme religieux, ou de la contestation sociale. Ces dynasties ont en effet appuyé leur légitimité sur les solidarités tribales et sur la redistribution de la manne pétrolière. Cependant, ces équilibres nationaux ont été remis en cause par les évolutions politiques et démographiques de la dernière décennie.
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