L’Asie centrale, héritière d’une culture musulmane ouverte, a vu en une dizaine d’années l’émergence d’un islam radical et violent, responsable d’une guerre civile et de nombreux attentats. Les réactions, répressives ou laxistes, des États concernés se révèlent inefficaces, voire dangereuses, au point que l’on peut se demander si l’État lui-même n’aggrave pas l’instabilité dans cette région. Cette dernière apparaît en tout cas comme un intéressant laboratoire pour les relations entre État laïc et islam.
L'islam et l'État en Asie centrale, bilan d'une relation ambiguë
Asie centrale
L’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan) connaît actuellement une stabilité précaire. Les ressources de cette région en hydrocarbures, loin de lui garantir un avenir paisible et prospère, attirent l’intérêt et la convoitise de grandes puissances concurrentes, comme la Russie, la Chine ou les États-Unis, qui y mènent un jeu parfois hasardeux. Pour les cinq États d’Asie centrale, dominés par des régimes autoritaires d’inspiration laïque et en proie à des situations économiques difficiles, la stabilité pour le demi-siècle à venir dépendra surtout de leur capacité à résister à la pénétration des courants salafistes importés de leurs turbulents voisins (Afghanistan et Pakistan). Le salafisme prône le retour aux sources au-delà des traditions. Il est aujourd’hui l’instrument d’une véritable renaissance et d’une reconquête de l’islam, opposé à la fois aux coutumes musulmanes locales et à la mondialisation américaine.
La dissolution de l’Union soviétique a permis à l’islam de sortir de la clandestinité au début des années 90 et a favorisé l’apparition marginale de courants radicaux, particulièrement dans la vallée de la Fergana. Ces mouvements, tournés vers l’action violente, ont déstabilisé la région entre 1992 et 2001. Le Parti de la renaissance islamique (PRI) a été l’un des acteurs de la guerre civile tadjike (1992-1997) ; le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), allié au PRI et aux taliban, a été responsable d’actions de guérilla et d’attentats terroristes en Ouzbékistan et au Kirghizistan (1999-2001). Les attentats d’avril et de juillet 2004 à Tachkent ont démontré que cette menace n’était pas définitivement écartée.
En Asie centrale, la religion dominante est un sunnisme hanafite (1) fortement teinté de soufisme (2) qui s’inscrit dans un climat culturel et identitaire particulier peu enclin à l’extrémisme religieux. Les politiques menées dans cette région pour contrôler l’islam radical, des plus répressives (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) aux plus libérales (Kirghizistan, Kazakhstan), sont peu efficaces, voire dangereuses. La tendance actuelle à la radicalisation n’est-elle pas d’abord une réaction aux politiques oppressives des régimes actuels ? Les courants islamiques, qui annoncent l’instauration de nouveaux modèles de société, ne servent-ils pas en premier lieu de catalyseur à la révolte intérieure ? Finalement cet islam d’essence révolutionnaire n’est-il pas alimenté et encouragé par les politiques conduites par les États au nom de la laïcité ?
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