Pour prévenir une autre attaque massive contre le homeland des États-Unis, la Commission du 11 septembre a recommandé que l’on centralise la communauté du renseignement, en créant le poste du directeur national du renseignement, avec une autorité directe sur le budget et le personnel de toutes les agences qui font partie de la communauté. Le nouvel acte sur la réforme du renseignement est moins catégorique sur ce point-clé, dû en partie à la sourde résistance du Pentagone, qui jusqu’ici garde la haute main sur 80 % du budget de la communauté. On restera donc dans le flou pour quelque temps, pendant que la situation se décante.
La loi américaine sur le renseignement : réforme ou faux-semblant ?
Le monde n’a pas perçu l’ampleur de ce qu’a été l’expérience américaine du 11 septembre 2001. En particulier la diplomatie française « n’a pas intégré la réalité émotionnelle du 11 septembre » (1). Événement tout à fait inédit dans l’histoire des États-Unis, cela y a créé une atmosphère de peur, d’autant plus profonde et plus palpable qu’elle était imprévisible ; plus forte donc que celle qui a existé pendant la période initiale de la guerre froide, où l’ennemi — l’Union soviétique — était au moins un État avec des contours visibles. Empruntant ce terme à la Révolution française, une « grande peur » existentielle s’est installée dans le pays.
Les services américains
Au lendemain des attaques inouïes du 11 septembre 2001, on criait haro sur les services de renseignement aux États-Unis : on n’a pas réussi à relier entre elles les informations. Si on avait corrélé le fait que Zacharias Moussaoui voulait savoir comment piloter un avion sans se soucier du décollage ou de l’atterrissage, avec le fait que le bureau du FBI en Arizona avait averti la Centrale sur le nombre surprenant d’Arabes prenant des cours de pilotage, et avec le fait de l’arrivée aux États-Unis des deux seules personnes parmi les 19 pirates de l’air qui avaient été déjà identifiés comme membres d’Al-Qaïda, leur arrivée étant très tardivement rapporté par la CIA au Département d’État qui pouvait donc les mettre sur une liste d’alerte… On aurait peut-être — je souligne peut-être — évité l’horrible matinée du 11 septembre 2001.
Plus profondément, le problème n’était pas seulement l’incapacité de corréler des informations ; c’était plutôt l’inverse, comme John MacGaffin, l’ancien adjoint au directeur des opérations de la CIA l’a dit : il y avait une pénurie d’information. En particulier, il n’y avait pas assez de renseignements en provenance des sources humaines au sein des groupes islamistes. Nous sommes restés dans les salons de la bureaucratie au lieu de crapahuter dans les marécages de l’islamisme. Le service de renseignement britannique, un service de haute qualité, s’est aussi trompé lourdement sur la présence des armes de destruction massive en Iraq et, à l’instar de la CIA, le service britannique n’avait pas de personnel infiltré au bon niveau dans Al-Qaïda, avant ou après le 11 septembre 2001. En somme, c’était le même problème pour nos deux services : un manque de sources humaines à haut niveau, à Bagdad ou dans l’entourage de Ben Laden.
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