On se souvient de l’article de Julien Mathonnière « Où va l’Armée de terre ? » in Défense Nationale, janvier 2005, et de son constat féroce et sans complaisance pour nos responsables, mais fruit d’une analyse parfois contestable. Le général de division (2S) Pierre-Dominique d’Ornano, s’exprimant dans le cadre du club des « Sentinelles de l’Agora », qui regroupe un certain nombre d’officiers désireux de redonner à nos armées leur juste place au sein de notre société, s’efforce, en contrepoint, de clarifier le débat, tout en rejoignant Julien Mathonnière dans sa conclusion sur la nécessité pour l’Armée de terre, comme d’ailleurs pour les autres armées, de sortir de sa frilosité et de parler vrai et sans complexe.
L'Armée de terre a bon dos !
À défaut d’une objectivité sans faille et d’une compétence précise, la charge de Julien Mathonnière, dans Défense Nationale de janvier 2005, a le grand mérite de mettre sur la place publique un certain nombre de questions que l’on aurait tort de traiter par le mépris. Tout en laissant, le temps venu, au discours institutionnel la responsabilité de la réponse officielle, nous nous sommes permis quelques réflexions en retour, dont chacun jugera de la pertinence et de l’actualité.
Donc, pour faire court, l’Armée de terre va dans le mur non seulement parce qu’elle manque de moyens en regard de l’étendue et de la complexité des missions qui lui sont confiées, mais aussi parce qu’il y règne un conservatisme doctrinal et un confinement idéologique qui lui interdisent toute véritable adaptation au monde nouveau. En soulignant que ni l’État, ni l’Armée de terre ne se donnent les moyens d’évoluer, l’auteur, tout en partageant le poids de la responsabilité, précise la cible de sa philippique. La réponse pourrait tenir en quelques lignes si notre censeur n’avait la propension à mélanger parfois tout et son contraire, sans le minimum de références historiques, ce qui oblige à une revue de détail assez exhaustive.
Les moyens
Le défaut de moyens n’est pas une affaire nouvelle. Inutile de s’étendre sur le niveau des crédits alloués aux forces depuis des dizaines d’années. À l’exception des moyens nécessaires à la force nucléaire, aucune des lois de programmation successives n’a été respectée à ce jour. L’actuelle loi reste loin de couvrir la saignée opérée au titre des « dividendes de la paix » dans l’équipement des forces comme dans la condition du personnel. Quelles que soient les mesures de gestion qui essaient de réduire le coût d’une industrie d’armement, dont il faudra bien revoir un jour le poids anormal qu’elle fait peser sur l’équipement des forces, ou les économies de bouts de chandelles obtenues sur le Titre III, la force armée compétitive d’une puissance moyenne à vocation « mondiale » affichée, coûte toujours cher. Gager, pour faire face au besoin, sur le partage des fonctions opérationnelles entre les membres de la communauté européenne est un pari sur l’avenir bien risqué, qui reste encore à ranger au seul rang des lointaines ambitions en l’absence de véritable politique de défense et de sécurité commune.
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