Le passé de l'Europe de l'Ouest est trop différent de celui de l'Europe centrale et orientale pour que leurs peuples puissent ambitionner un destin commun. Et ce n'est pas en occultant l'ambiguïté fondamentale entre une notion géographique et une vocation politique que l'on parviendra à réconcilier les deux parties de l'Europe. L'unité est une notion nouvelle pour le Continent. Par ces remarques « non conformistes », l'auteur appelle de ses voeux une marche vers l'unité qui serait plus guidée par un véritable projet politique plus que par le rappel d'un passé qui n'a jamais été unitaire.
Quelle Europe ? Remarques non-conformistes
Parmi les poncifs qui sont entretenus sur l’Europe, il y en a peu qui puissent revendiquer une plus grande pérennité que ceux qui ont trait à son unité. Peu, dès lors, qui provoquent autant de confusion, peu qui nuisent davantage au projet d’unification de l’Europe. L’Europe de la géographie existe, certes ; mais celle de la politique, elle, n’existe pas, du moins pas encore. Et si une leçon doit être tirée de l’histoire de l’Europe, c’est bien celle de l’absence d’unité.
Ambiguïtés sémantiques
L’exemple américain peut utilement aider à clarifier le débat. En effet, le langage courant ne distingue pas entre la notion géographique et la notion politique de l’Amérique, bien que celles-ci soient fort différentes. Aujourd’hui, comme hier, le vocable « Amérique » est ambivalent. D’une part, il recouvre la réalité géographique du continent qui s’étend de l’Alaska à la Terre de Feu. D’autre part, il exprime une réalité politique : pour l’homme de la rue, un peu partout dans le monde, Amérique signifie États-Unis. L’Argentine, par exemple, est bien un État américain ; mais il ne viendrait à l’esprit de personne de dire de l’Argentine qu’elle est « l’Amérique ». En revanche, quand on aborde les problèmes de puissance, le mot Amérique recouvre en réalité les États-Unis.
Dès le début de la construction européenne, cette même ambiguïté est apparue. Les Six de la Communauté européenne ont été immédiatement assimilés à l’Europe. On savait bien pourtant que l’Europe de la géographie était infiniment plus vaste que la Communauté. Dès cette date, un « découplage » s’est instauré entre la notion géographique et la notion politique — celle-ci restant floue d’autant qu’elle n’en finit pas de s’élargir.
Il reste 87 % de l'article à lire
Plan de l'article







