Identifiée à l'excès à l'affrontement de la guerre froide qui en masquait bien des atouts, l'arme nucléaire a peiné à conserver sa légitimité après la chute de l'URSS. Pourtant, dans un paysage stratégique mouvant, non stabilisé et incertain, elle donne à l'État qui la possède une dimension quotidiennement mise en valeur par l'actualité internationale si tourmentée, sujette à bien des tensions et demandant force et crédibilité pour se faire entendre. Déployée avec détermination et persévérance aujourd'hui, elle garantira pour cela notre sécurité demain si le besoin s'en faisait sentir. L'Europe en sera un jour la bénéficiaire.
Actualité et avenir de la dissuasion nucléaire
Entendu dans des couloirs budgétaires : « Le nucléaire, c’est de la folie, la guerre froide est pourtant terminée depuis longtemps ! ». Cette phrase, qui n’est pas sans évoquer la formule prophétique des « dividendes de la paix » dont on sait ce qu’il advint, laisserait penser que fréquenter les subtilités des techniques financières ne favorise pas la réflexion sur le long terme, et que la contrainte (générique) qui comprime les budgets n’est pas sans effet parallèle sur la vision de certains.
Le nucléaire obsolète ?
Certes, l’arme nucléaire a fleuri pendant une certaine période, mais parce que cette période est révolue, l’arme le serait aussi. Elle qui a été développée pour arrêter une guerre, puis pour en empêcher une autre et qui par deux fois le fit avec succès, pourrait-elle stopper sa course ? Si l’horreur de Hiroshima et celle de Nagasaki ne l’ont pas condamnée irrémédiablement mais en ont seulement interdit définitivement l’emploi comme arme de bataille, malgré bien des gesticulations il est vrai ; si de nombreux pays en rêvent pour disposer à leur tour d’une garantie de sécurité ; si l’Inde et le Pakistan, émus et presque surpris par la puissance de leurs nouveaux arsenaux, trouvent aujourd’hui le chemin d’une coexistence pacifique, c’est bien que sa péremption n’est pas à l’ordre du jour, que cela soit regrettable ou non.
Ce monde est dangereux
Nous ne savons rien de l’ordre mondial qui naîtra de la période de transition qui suit la disparition de l’ordre de Yalta amorcée avec la chute du mur de Berlin : des guerres de type Irak, issues de la crainte de la prolifération ; des crises de type Balkans essaimant à travers le monde pour recomposer des équilibres régionaux, parfois mal « ficelés » ; des attaques terroristes, pour refuser le modèle dit occidental ou s’approprier des ressources ; quoi d’autre encore ? La mondialisation ne sera pas sauvage et ne se fera pas sans heurts et sans ajustements, que ce soit sur un mode pacifique ou sur un mode plus brutal.
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