Le professeur Peter Schmidt examine la question nucléaire dans les relations franco-allemandes. Après avoir exposé les raisons qui rendent cette question taboue, l'auteur envisage les conditions pour que les armes nucléaires françaises s'insèrent dans la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) : dans la conception actuelle, très politique de la dissuasion française, la République fédérale ne devrait pas s'y opposer, dès lors que cette intégration ne relancerait pas la prolifération ni ne remettrait en cause l'Otan, en particulier sa doctrine nucléaire.
La question nucléaire dans les relations franco-allemandes
Lors de son arrivée au pouvoir en Allemagne, la coalition Rouge-Verte s’est donnée, en matière d’armes nucléaires, deux objectifs essentiels (1) : abolition complète, dans le monde entier, de toutes les armes de destruction massive ; « abaissement du niveau d’alerte des armes nucléaires » et « renonciation à leur emploi en premier ».
Elle se rattachait donc au débat critique sur le nucléaire lors des essais français sur l’atoll de Mururoa de 1995. Le gouvernement fédéral a aussi essayé de transposer ses objectifs dans l’Alliance. Sur la renonciation à l’emploi en premier, il s’est heurté à la résistance sans concession des puissances nucléaires, États-Unis, Grande-Bretagne et France. De même, sa tentative pour faire réviser toute la partie nucléaire du concept stratégique n’a pas été acceptée par l’ensemble des États de l’Otan. Le concept stratégique de 1999 se borne à souligner qu’un emploi nucléaire est maintenant extremly remote (extrêmement éloigné) ; dans celui de 1991, il n’était encore que even more remote (très éloigné). Devant cette résistance, le gouvernement fédéral s’est incliné, faisant passer sa solidarité d’allié avant son scepticisme sur le nucléaire. L’ambiance antinucléaire fondamentale persiste. En rapport avec la discussion entre Américains sur la miniaturisation d’une partie de leurs têtes nucléaires, le Staatsminister (ministre-délégué) aux Affaires étrangères, Ludger Volmer a déclaré que « les plans ne correspondent pas aux statuts ni à la description des tâches de l’Otan. Les Américains savent que nous, les Européens, admettons tout au plus l’idée d’une politique de dissuasion par armes atomiques, mais non la conduite d’une guerre nucléaire. En outre, nous insistons fortement pour un désarmement nucléaire » (2).
La France
La France, en revanche, dépense davantage depuis quatre ans pour ses forces nucléaires. Son but, décidé en 1996 et à atteindre d’ici 2015, est de moderniser ses armes nucléaires. En fin de période, les forces françaises devraient disposer surtout de têtes à capacité de pénétration améliorée et de missiles de croisière très précis et de portée supérieure. La stratégie nucléaire française s’est également modifiée : non seulement une attaque nucléaire attenterait aux intérêts vitaux de la France, mais il en irait de même d’une agression par arme chimique ou biologique ; celle-ci serait donc justiciable de la dissuasion nucléaire. En outre, on discute actuellement à Paris de l’avenir des armes nucléaires françaises dans un climat de risques asymétriques et de menace dans un ordre du monde devenu multipolaire (3). Certains arguent que son potentiel nucléaire actuel ne correspond pas aux nouvelles menaces. Le seuil d’emploi des armes nucléaires devrait être abaissé et la puissance des têtes diminuée (4). La décision n’a pas encore été prise ; il est toutefois indéniable que la France voit dans ses armes nucléaires un atout important en politique de défense et qu’elle a le potentiel et la volonté politique de moderniser sa puissance militaire nucléaire.
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