Ukraine/Russie : un bilan amer après quatre ans de guerre. L’Ukraine, héroïque mais exsangue, perd 20 % de son territoire et risque une crise politique post-conflit. L’UE, divisée et inefficace, se contente de réagir, laissant Trump dicter les termes d’une paix injuste. La France, malgré sa LPM, peine à s’imposer face à l’Allemagne et aux États-Unis, qui sortent gagnants en affaiblissant l’Europe. La Russie, bien que meurtrie, conserve une emprise sur l’Ukraine et renforce ses liens avec la Chine.
Ukraine/Russia: Time for assessments
Ukraine/Russia: A bitter assessment after four years of war. Ukraine, heroic but exhausted, has lost 20% of its territory and risks a post-conflict political crisis. The EU, divided and ineffective, merely reacts, allowing Trump to dictate the terms of an unjust peace. France, despite its military programming law, struggles to assert itself against Germany and the United States, which emerge victorious by weakening Europe. Russia, though wounded, maintains its hold on Ukraine and strengthens its ties with China.
Note préliminaire : cet article sera publié en format papier dans Services Spéciaux, la revue de l'AASSDN (Anciens et amis des Services spéciaux français).
Après quatre ans de guerre, l’heure des bilans s’annonce sévère bien que ceux-ci soient différenciés. C’est avec beaucoup de peine que j’ai rédigé cet article. D’abord, en qualité de consul général de France à Kiev (URSS), puis comme premier ambassadeur en Ukraine en 1991, j’ai assisté, en direct, à la réalisation d’un rêve séculaire du peuple ukrainien : accéder à l’indépendance. Celle-ci a été obtenue, non sans difficulté mais sans effusion de sang, comme je le relate dans mon ouvrage publié chez Flammarion, Journal du premier ambassadeur de France à Kiev. La paix injuste, mais nécessaire, qui s’annonce donne une vague idée de l’immense gâchis. Ensuite, en qualité de diplomate, j’ai pu mesurer au fil des jours l’effacement de notre diplomatie dont les coups de communication à usage domestique ne leurrent aucunement nos partenaires et, encore moins, nos adversaires ; la communication n’est pas de la diplomatie. La suppression, à défaut de le réformer ou de savoir l’utiliser, du corps diplomatique est une erreur grave dont on mesurera la portée trop tard, quand le mal sera fait, tout comme, par exemple, après avoir laissé se déliter notre industrie nucléaire – les sondeurs notamment, élément essentiel de la sûreté nucléaire, font désormais cruellement défaut et nous sommes incapables de remédier rapidement à cette carence. La dissolution du corps diplomatique, exception française, se traduira demain par une perte de mémoire collective et de savoir-faire. La complaisance est mauvaise conseillère.
Un bilan dramatique pour Kyiv
Depuis février 2022 l'Ukraine lutte vaillamment, sans fléchir, contre un ennemi bien supérieur en nombre et en moyens. Cependant, une certaine lassitude semble se faire sentir dans les rangs. Cela se traduit par un repli progressif mais nullement par une déroute. Les pertes humaines, encore difficiles à recenser, sont de l’ordre du million de victimes, mortes au combat, blessées ou traumatisées, ou durant les bombardements russes sur les villes. Les déplacés à l’intérieur et hors d’Ukraine se comptent par millions.
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