Le Svalbard constitue un enjeu discret de la guerre hybride russe. De souveraineté norvégienne, cet archipel arctique est ciblé par Moscou via des actions symboliques et des tensions diplomatiques (accusations de militarisation, espionnage via des pêcheurs…). Le traité de 1920, obsolète, ne protège plus contre les ambitions russes, tandis que la Norvège renforce son contrôle environnemental et sécuritaire. Un théâtre polaire où se joue l’influence entre Otan et Kremlin.
Is Svalbard a target in Russia's hybrid warfare?
Svalbard is a discreet battleground in Russia's hybrid warfare. Under Norwegian sovereignty, this Arctic archipelago is targeted by Moscow through symbolic actions and diplomatic tensions (accusations of militarization, espionage via fishermen, etc.). The outdated 1920 treaty no longer protects against Russian ambitions, while Norway strengthens its environmental and security controls. This polar theater is a battleground for influence between NATO and the Kremlin.
Barentsburg est une petite cité minière russe située dans l’archipel arctique du Svalbard sur lequel la Norvège exerce sa souveraineté. Cependant, le 9 mai 2023, des mineurs russes et ukrainiens encadrés par un consul général nommé par Moscou y ont organisé un défilé pour commémorer la victoire de 1945. Il s’agissait également de manifester la présence russe dans cet archipel norvégien et de célébrer l’agression de Moscou contre l’Ukraine. L’objectif était également de rappeler bruyamment au gouvernement norvégien que Moscou estime avoir des droits sur l’archipel. En effet, le traité de Paris de 1920 établit un régime très particulier pour le Svalbard, dont la Russie a toujours tenté de tirer profit. C’est pourquoi le gouvernement russe a créé une « commission gouvernementale pour préserver la présence russe sur l’archipel du Spitzberg » en 2007 (1). Présidée par un vice-Premier ministre, cette commission est composée de vice-ministres relevant de divers ministères et de représentants d’agences étatiques.
Avec le déclenchement des hostilités en Ukraine, Moscou a développé des actions symboliques dans l’archipel du Svalbard qui est ainsi devenu une des cartes de la guerre hybride menée par le Kremlin contre les Occidentaux et, en particulier, contre la Norvège depuis quatre ans.
Le Svalbard, un objet géopolitique non identifié ?
Le Svalbard, longtemps ignoré des navigateurs, a été découvert par le Néerlandais Wilhelm Barents en 1596 et a progressivement attiré, depuis le début du XVIIe siècle, des chasseurs d’ours et des navires de pêche intéressés par la richesse de ses eaux. La question de la souveraineté a toujours été reportée en raison de l’intérêt assez marginal de l’archipel doté d’un climat très hostile et de la rivalité entre la Norvège et la Russie. En 1871, cette dernière s’est opposée aux velléités manifestées par la Suède (qui comprenait également la Norvège jusqu’en 1905) d’y exercer sa souveraineté, et les puissances européennes avaient alors décidé de considérer que l’archipel était une res nullius, un territoire n’appartenant à personne. Après sa séparation de la Suède en 1905, la Norvège a proposé d’y établir une sorte de condominium exercé par plusieurs puissances ce qui a conduit à la convocation d’une conférence internationale, en juin 1914, laquelle n’a pas pu aboutir en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale. La question du Svalbard s’est de nouveau posée à l’issue de cette dernière en marge de la Conférence de la paix.
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