AFRICOM au Nigeria : entre lutte antidjihadiste et intérêts géopolitiques. Sous couvert de protéger les chrétiens (ciblés par Boko Haram et ISWAP), les États-Unis interviennent militairement, mais leurs motivations relèvent davantage d’une stratégie économique et d’influence (concurrencer la Chine). La Force multinationale mixte (FMM), soutenue par la CBLT, peine à s’imposer faute de résolution onusienne, tandis que les tensions ethno-religieuses et la gouvernance inégale alimentent l’instabilité.
The United States in Nigeria: AFRICOM in search of consistency
AFRICOM in Nigeria: between the fight against jihadism and geopolitical interests. Under the guise of protecting Christians (targeted by Boko Haram and ISWAP), the United States intervenes militarily, but its motivations are more about economic strategy and influence (competing with China). The Multinational Joint Task Force (MNJTF), supported by the Lake Chad Basin Commission (LCBC), struggles to establish its authority due to the lack of a UN resolution, while ethno-religious tensions and unequal governance fuel instability.
La Constitution du Nigeria établit ce pays, vaste fédération de 923 773 km² et peuplée de plus de 230 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest, comme un État laïc. La diversité ethnique (1) y est marquée, avec plus de 250 groupes, parmi lesquels quatre dominent : les Yorouba (chrétiens, représentant 20,6 % de la population), les Haoussa (musulmans, 18,3 %), les Ibo (chrétiens, 14,8 %) et les Peuls ou Fulani (musulmans, 7,9 %). Cependant, dans une douzaine des 36 États fédérés, principalement situés au nord, la charia est appliquée, ce qui exacerbe les tensions religieuses.
Dans ce contexte complexe, des massacres ciblant des chrétiens en raison de leur foi ont suscité une vive inquiétude à l’échelle internationale. Les États-Unis, par exemple, ont qualifié ces violences de génocide et ont exprimé leur volonté d’intervenir militairement. En réponse, le gouvernement nigérian a souligné que les attaques ne ciblaient pas uniquement les chrétiens, mais touchaient également des personnes de diverses confessions. Malgré ces clarifications, les États-Unis ont poursuivi leurs intentions d’intervention, conduisant à des frappes aériennes contre des positions djihadistes dans le nord-est du Nigeria en décembre 2025.
Les violences au Nigeria ne se limitent pas à des motifs religieux ; elles s’inscrivent dans un cadre plus large de crises et de conflits, exacerbés par l’attentisme de l’État et la gestion particulière des communautés. Le djihadisme, en particulier, représente un vecteur majeur de cette violence. La menace qui en découle, ayant des implications régionales, nécessite une réponse collective. C’est dans cette optique que la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) (2) a été activée à la suite du « Sommet africain de Paris sur la paix au Nigeria » en 2014, donnant naissance à la Force multinationale mixte (FMM). Pour que cette force soit efficace, il est crucial qu’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU soit adoptée, afin de lui conférer légitimité et moyens d’action, en contraste avec l’unilatéralisme américain dont l’issue reste incertaine.
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