Picpics / Adobe Stock (généré à l'aide de l'IA)
L’intelligence artificielle est d'abord une bataille d’infrastructures. La puissance ne dépend pas des algorithmes, mais du contrôle des data centers, de l’énergie et des semi-conducteurs. Les États-Unis dominent, la Chine mise sur l’IA militaire, tandis que l’Europe, dépendante, peine à concilier régulation civile et innovation de défense. La France a des atouts mais doit accélérer pour rester dans la course.
AI infrastructure, a new driver of power
Artificial intelligence is first and foremost a battle of infrastructure. Power depends not on algorithms, but on control of data centers, energy, and semiconductors. The United States dominates, China is investing in military AI, while Europe, dependent on it, struggles to reconcile civilian regulation with defense innovation. France has advantages but must accelerate its development to remain competitive.
La course à l’intelligence artificielle (IA) ne se joue pas là où la plupart des observateurs regardent. Ce qui influencera les futures relations de pouvoir ne sera pas la complexité des algorithmes, mais la compréhension du système physique qui les rend réalisables : énergie, capacité de calcul, semi-conducteurs, matières premières essentielles. Celui qui contrôle le compute, contrôle la puissance ; et le goulot d’étranglement de cette course est l’énergie.
L’IA comme système physique
La plupart des décideurs, y compris dans les états-majors et les cabinets ministériels, pensent encore à l’IA comme à un phénomène essentiellement logiciel : des algorithmes, du code, des modèles de langage. En réalité, c’est d’abord un phénomène physique et industriel. Chaque nouvelle génération de modèles exige des ordres de grandeur supplémentaires en calcul, une croissance exponentielle, pas linéaire. Ce calcul repose sur des puces spécialisées – Graphics Processing Unit (GPU, processeur graphique) –, des serveurs accélérés et des data centers de très grande taille, que l’on peut qualifier de véritables usines du XXIe siècle. La consommation électrique d’un hyperscaler peut atteindre 300 à 1 000 MW, soit à peu près celle d’une ville moyenne, avec des coûts de construction se chiffrant en millions de dollars par mégawatt. Ces besoins imposent une pression considérable sur les réseaux électriques, qui doivent évoluer rapidement pour éviter des congestions ou des interruptions.
En 2024, la consommation mondiale des data centers était estimée à environ 415 TWh. Selon les projections, cette demande devrait continuer à croître dans les années à venir, poursuivant une trajectoire ascendante jusqu’en 2030. Aux États-Unis, l’établissement financier Morgan Stanley anticipe un déficit de 49 GW de puissance accessible, alors que près de 70 % du réseau approche de la fin de sa durée de vie. Les files d’attente pour les raccordements s’allongent et certaines juridictions imposent désormais des moratoires, reflétant la difficulté croissante de suivre le rythme des besoins. La banque Goldman Sachs estime que 720 milliards de dollars d’investissements supplémentaires dans le réseau seront nécessaires d’ici 2030.
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