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Les îles de l’Atlantique (Açores, Canaries, Cap-Vert, archipels nordiques, Malouines et archipels brésiliens) constituent les vertèbres de la stratégie maritime occidentale. La séquence Panama-Groenland-Ormuz de 2025-2026 a révélé l’acuité opérationnelle nouvelle de ces positions, dans une compétition où les politiques de coopération entre puissances classiques et émergentes se muent en politiques de contestation. Cet article soutient que la doctrine insulaire atlantique appelle une articulation à trois dimensions – surface, profondeurs, espace aérien – combinée à une logique de déni d’accès dont la mer de Chine méridionale a fourni le précédent, dans une logique de résilience en trois temps : défendre, persister, rebondir. Une attention particulière est portée à l’Atlantique sud, espace sous-analysé alors que le contournement du cap de Bonne-Espérance redevient une route majeure, ainsi qu’à la dimension africaine émergente de cet arc austral.
Rheopolitics of the Insular Atlantic: A New Sanctuary for Hybrid Conflicts?
The Atlantic islands (Azores, Canaries, Cape Verde, northern archipelagos, the Falklands, and Brazilian archipelagos) form the backbone of Western maritime strategy. The Panama-Greenland-Hormuz sequence of 2025–2026 highlighted the newfound operational significance of these positions amidst a competition where cooperative policies between established and emerging powers are shifting toward confrontation.
Lorsque les stratèges de l’Otan observent les activités russes et chinoises autour des câbles sous-marins en mer du Nord, ou s’alarment des atteintes aux infrastructures de communication et d’énergie en mer Rouge, ils redécouvrent une vérité que Mahan et Corbett formulaient déjà : la maîtrise des mers dépend moins de la possession de vastes flottes que du contrôle de points nodaux capables de conditionner la circulation des flux. Cet article mobilise une méthode qualitative, fondée sur l’analyse de cas – Açores, Groenland, Cap-Vert, Malouines – et l’articulation de cadres théoriques complémentaires.
Cet article mobilise quatre grilles complémentaires. Le réalisme structurel de Waltz et Mearsheimer établit que l’anarchie du système contraint les États à maximiser leur sécurité par l’accumulation de capacités. La puissance structurelle de Susan Strange désigne la capacité de façonner les structures – production, finance, sécurité, savoir – dans lesquelles tous les acteurs doivent opérer. L’hypocrisie organisée de Krasner montre que la souveraineté est une norme constamment négociée et violée. Les travaux d’Anu Bradford sur les empires numériques et d’Abraham Newman sur la coercition économique révèlent que la compétition se joue désormais dans les infrastructures physiques qui supportent le numérique et la finance. À ces approches s’ajoute la rhéopolitique des flux : l’étude de la manière dont la puissance agit sur la viscosité, le débit et les trajectoires des circulations maritimes. Cette logique des flux ne remplace pas la pensée classique du sea power, elle la complète : là où Mahan voyait la puissance maritime comme une affaire de flottes et de bases, elle ajoute une dimension infrastructurelle où le contrôle des câbles, des normes assurantielles et des flux de données devient aussi décisif que celui des détroits. Cette lecture rejoint une intuition que le stratégiste Hervé Coutau-Bégarie formulait dès 2007 : la mer compte désormais de multiples centres de décision qui échappent au contrôle d’un seul État, au point que la surveillance des flux devient l’enjeu central de la puissance navale.
Dans ce cadre, les îles apparaissent comme des nœuds de puissance. Elles concentrent des fonctions de transit, de surveillance, d’avitaillement, de projection et, parfois, de régénération des forces. Leur valeur ne tient pas seulement à leur surface, mais à leur capacité à moduler les flux qui les traversent ou les contournent. Cette modulation s’exerce selon trois mécanismes qu’il importe de distinguer, car ils n’appellent pas les mêmes réponses. Le premier est l’arme délibérée : la décision d’instrumentaliser une dépendance, tel le sabotage ciblé d’un câble. Le deuxième est l’exploitation d’opportunité : l’usage d’une fragilité révélée par une crise non programmée, telle la flambée des primes d’assurance. Le troisième est la cascade non intentionnelle : la propagation d’un choc à travers des chaînes que nul n’a conçues pour l’absorber. À ces trois mécanismes s’ajoute une régularité transversale : contrôler un flux suppose d’abord de le voir. Le nœud qui capte la donnée – station d’atterrissage, capteur acoustique, registre assurantiel – est aussi un nœud de renseignement, et la visibilité devient une condition de la puissance autant qu’un effet de son exercice.
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