Donald Trump confond communication et stratégie. Après son voyage en Chine infructueux, il inonde Truth Social de menaces nucléaires contre l’Iran, brouillant toute diplomatie. Isolé, il humilie ses alliés alors que le blocus d’Ormuz étouffe l’économie mondiale sans atteindre ses objectifs. Sans diplomates aguerris, l’improvisation médiatique mène à l’échec.
Éditorial – Communiquer n’est pas une stratégie (T 1831)
Le président Donald Trump participe à une cérémonie d'accueil avec le président chinois Xi Jinping, le jeudi 14 mai 2026, au Palais de l'Assemblée du Peuple à Pékin (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok / Flickr)
Editorial —Communication is not a strategy
Donald Trump confuses communication with strategy. After his unsuccessful trip to China, he flooded Truth Social with nuclear threats against Iran, muddying the waters of diplomacy. Isolated, he humiliated his allies while the blockade of Hormuz stifled the global economy without achieving its objectives. Without seasoned diplomats, this media improvisation leads to failure.
Après un voyage d’État en Chine aux résultats peu probants, avec une communication à la fois très contrôlée et limitée, le président Donald Trump s’est replongé avec avidité dans l’ultra-communication utilisant et abusant à la fois de son réseau social Truth Social et de l’intelligence artificielle pour générer autant de news qui lui passaient par la tête. Après les images le présentant en nouveau démiurge et ses provocations à l’égard du pape Léon XIV, ce sont des figuratifs exaltant la puissance guerrière des États-Unis prête à fondre sur le régime iranien. Quitte d’ailleurs à s’appuyer sur une rhétorique nucléaire pour faire céder Téhéran et donc à brouiller le message en ne donnant qu’une seule option, la capitulation. Cette brutalité dans la communication et la multiplication de ses interventions ne facilitent pas le travail de la diplomatie, tandis que le dispositif militaire américain ne cesse de se renforcer dans l’ensemble de la région.
Par ailleurs, à part une conversation avec le chancelier allemand, Friedrich Merz, et des échanges avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le président des États-Unis n’a eu aucun réel contact avec ses homologues, notamment européens. Donald Trump fait cavalier seul, continuant à invectiver ses alliés, voire à les humilier sans parler d’un mépris clairement affiché. Or, les conséquences du conflit engagé le 28 février dernier ont désormais une dimension mondiale avec un impact économique majeur et durable, sans pour autant que les motifs ayant déclenché l’opération ne soient atteints, en particulier autour des programmes nucléaires et balistiques conduits par Téhéran. La sous-estimation de la résilience du régime, associée à sa duplicité permanente dans la négociation, aboutit à une impasse stratégique où les options militaires ne suffisent pas à trouver une issue diplomatique crédible et durable, sans parler du peu d’intérêt accordé à la population iranienne, victime d’un régime répressif.
De fait, il n’y a pas de bonne solution mais des choix doivent être faits avec sérieux, que ce soit avec des actions militaires ou avec des discussions permettant des compromis. Or, à force de communiquer n’importe comment, le président américain ne construit pas une stratégie crédible, mais alimente le chaos et le désordre. Plutôt que de donner de l’espace à ses diplomates et à des intermédiaires – que ce soient le Pakistan, la Chine ou d’autres –, il concentre tout autour de lui et de son égo. Contrairement au président Nixon durant la guerre du Vietnam, jouant avec habileté de la théorie du fou, mais dans laquelle Henry Kissinger, son Secrétaire d’État, savait évoluer avec habileté ; ce qui n’est pas le cas actuellement. De plus, durant cette période, les discussions se faisaient sans exhibition et avec un minimum d’exposition médiatique en essayant de créer un cadre réaliste entre des diplomates aguerris et intellectuellement solides, tant du côté américain que vietnamien.
L’imprévisibilité du président américain met en difficulté ses stratèges militaires et ses diplomates. L’ultra-personnalisation de la politique étrangère fragilise un système international en pleine mutation, où les fondamentaux acquis à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et confirmés après la chute du mur de Berlin sont irrémédiablement remis en cause avec la primauté du rapport de force et des empires. Penser que communiquer suffit à faire une stratégie est non seulement une erreur de fond mais la certitude d’aller directement à l’échec, surtout lorsque l’on méprise ostensiblement et l’histoire et la géographie. ♦





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