La Russie est confrontée à des choix majeurs dans la recherche d’une stratégie pétrolière optimale. Devenue le premier exportateur mondial de brut, elle profite de la politique des États-Unis, premier importateur, qui cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement pour diminuer, après le 11 septembre 2001, leur dépendance de l’Arabie saoudite et plus généralement du Proche-Orient, instable et détenteur des plus grandes réserves de pétrole au monde. De son côté, Moscou tente de diminuer l’importance relative de la rente pétrolière et ne pas subir les fluctuations du prix du brut en diversifiant la structure de son économie. Ces choix pèsent lourdement sur la politique russe - aussi bien étrangère qu’interne - à l’approche de l’élection présidentielle de mars 2004.
Les dilemmes pétroliers de la Russie
Un des sujets les plus discutés en Russie, en ces temps d’élections (législatives du 7 décembre 2003 et présidentielle prévue pour mars 2004) est la place du pétrole dans l’économie du pays. La crise grave secouant le sommet du pouvoir au Kremlin depuis l’été dernier et débouchant sur l’arrestation spectaculaire de Mikhaïl Khodorkovski, le patron de la compagnie pétrolière Youkos — première en Russie et quatrième dans le monde — est la preuve, s’il en fallait une, que ce problème a une dimension non seulement économique mais aussi politique.
Lors d’un débat télévisé en automne dernier, le même problème fut formulé par l’animateur d’une façon insolite sinon provocante : la richesse en hydrocarbures représente-t-elle pour la Russie une chance ou un malheur ?
Comment peut-on douter un instant du rôle bénéfique extraordinaire que représentent les ressources de combustibles naturels dont la plupart des pays sont dépourvus, les contraignant de les importer à prix d’or ? Au moment où l’énergie sous toutes ses formes est devenue l’enjeu crucial des relations internationales, le contrôle des gisements d’hydrocarbures constitue un atout stratégique de première importance provoquant des conflits toujours plus nombreux, y compris militaires. Toute incertitude sur ce point ne paraît donc pas admissible. Et pourtant les opinions des participants au débat à la télévision moscovite, comme les réactions des téléspectateurs, ont été partagées entre les optimistes et pessimistes presque à égalité. Cette réaction s’explique par le rôle profondément contradictoire que joue le facteur pétrolier dans la société russe en transition, à la recherche d’une stratégie optimale.
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