L'auteur fait le bilan d'une faillite, celle de la gestion des Philippines par Ferdinand Marcos, président de 1965 à 1986, et nous montre les efforts de sa successeur, Cory Aquino, et de son gouvernement pour redresser une situation économique bien mauvaise.
M. Martial Dassé vit en Thaïlande et nous apporte chaque année des informations et appréciations sur les pays du Sud-Est asiatique. Dans l’article qui suit, il fait le bilan d’une faillite, celle de la gestion Marcos, et nous montre les efforts du gouvernement de Cory Aquino pour redresser une situation économique bien mauvaise.
La chute du président Marcos, accompagnée d’une crise économique spectaculaire, a porté les Philippines sur le devant de l’actualité internationale. La dure récession qui frappe ce pays est expliquée d’abord par la corruption du régime et par la baisse du cours des matières premières. Ces raisons sont évidentes, mais ne sont pas les seules. La faillite d’un pays ne peut se justifier par des théories généralisatrices qui font certes apparaître de manière utile les déficiences communes aux pays du Tiers Monde, mais ne prennent pas assez en compte les réalités nationales. Or c’est justement pour les avoir ignorées que les experts de la Banque mondiale et les banques privées firent si longtemps confiance au président Marcos. Les méthodes de gestion et la capacité des gestionnaires, l’approche globale des problèmes économiques, l’influence des intellectuels et les conflits internes entre les groupes d’intérêt sont autant d’autres facteurs fondamentaux tenant aux caractéristiques du pays et qu’il convient d’examiner.
LA LOI MARTIALE APPLIQUÉE À L’ÉCONOMIE
Réformes agraires et monopoles
Lorsque le président Marcos proclame la loi martiale le 21 septembre 1972, il reçoit l’approbation non seulement de la majorité de la population lassée par l’insécurité qui règne dans les villes et les campagnes, mais aussi des intellectuels, des États-Unis et même de nombreux experts de la Banque mondiale. Aux yeux de tous, seuls un homme fort, un régime autoritaire peuvent réaliser une véritable réforme agraire, qui, dans le passé, a toujours été freinée par une Assemblée nationale dont tous les membres étaient des propriétaires terriens. Dès le 26 septembre, répondant à ces espoirs, Marcos lance la campagne Masagana (prospérité) avec pour objectif la vente à bas prix de 1,5 million d’hectares de terre aux paysans qui cultivent le riz et le maïs. Bien accompagné d’un programme d’assistance technique et d’un plan d’irrigation, ce projet se révèle vite un succès au niveau de la production. Dès 1977, les Philippines parviennent à l’autosuffisance en riz avec 6,456 millions de tonnes, en exportant même 13 000 tonnes en Indonésie. Mais le choc pétrolier, qui provoque une augmentation du prix des engrais et des moyens de production, contraint les agriculteurs à des emprunts, les plongeant dans le piège de la dette ; pouvant difficilement payer la terre qu’ils ont achetée, ils la revendent parfois aux anciens propriétaires. Paradoxalement, l’autosuffisance en riz, qui s’est maintenue, ne s’accompagnera pas toujours d’un enrichissement des agriculteurs, ce revers partiel ne pouvant cependant être imputé à Marcos.
Par contre, dès 1975, le système a connu un premier dérapage, virant à la dictature pure et simple avec le but inavoué mais clairement exprimé dans les faits de s’emparer des richesses du pays à travers les « cronies », qui serviront d’hommes de paille. En effet, rien ne justifie la création d’un monopole pour la noix de coco qui, en 1974, représente 22,5 % des exportations, sinon le désir de contrôler un secteur clé de l’économie. Sa prise en main est relativement facile, car c’est une culture dispersée dans l’archipel répartie en 700 000 fermes dont 76 % de moins de 5 hectares, et il ne peut y avoir coalition de grands propriétaires. Ce monopole entraîne la création de la « United Coconut Planters Bank », avec Eduardo Cojuangco à sa tête, et dont les bénéfices permettront d’acheter les entreprises jugées nécessaires à la formation de cet empire financier en gestation. La crise de l’industrie sucrière va fournir le prétexte, en 1977, à la création d’un deuxième grand monopole. Au début des années 70, le sucre constitue la principale source de revenus du pays avec 28 % des exportations. En 1974, le « Sugar act » qui accordait des tarifs et débouchés préférentiels a été abrogé, les États-Unis ne pouvant plus absorber 60 % des 2,4 millions de tonnes de sucre philippin produits annuellement en moyenne. Cet aléa commercial tourne à la crise grave lorsqu’en 1976 le prix tombe de 15 à 8 cents (de dollar) la livre. Arguant d’une rationalisation nécessaire, Marcos attribue le monopole de l’industrie sucrière à Roberto Benedicto. Le problème est en effet différent de celui de la noix de coco. Le sucre est une culture spécialisée qui se pratique surtout dans les îles de Panay, Negros et le centre de Luçon. Une concentration des exploitations est déjà en cours, celles-ci diminuant de 50 000 en 1960 à 30 700 en 1975, dont 60 % de 5 hectares seulement et 600 de plus de 50 hectares. Pour superviser cette vaste industrie, Marcos crée d’abord la « Philippine Sugar Commission », puis la « National Sugar Trading Corporation » comme seule agence pour les ventes, et enfin la « Republic Plantera Bank » qui s’occupera de tous les aspects financiers. Mais en 1977-1978, les cours tombent à 6 cents, et le monopole ne servira qu’à enrichir Benedicto sans résoudre le problème qui n’ira qu’en s’aggravant.
LA LOI MARTIALE APPLIQUÉE À L’ÉCONOMIE
Réformes agraires et monopoles
Fausse industrialisation et crise
LA RÉCESSION
AQUINO : SORTIR DU MARASME
Libéralisation et retour des grandes familles
Réforme agraire et développement agricole
BILAN D’UNE FAILLITE