Dans son article bibliographique sur le livre de Jacques Sapir, le colonel Paris avait replacé la supériorité classique des Soviétiques dans son cadre stratégique, et suggère de procéder à la même évaluation en ce qui concerne l'Otan. C'est une telle approche que propose l'auteur en s'appuyant sur des travaux antérieurs (thèse sur les Nations armées) et en se référant à des prises de position récentes publiées à l'Ouest sur ce sujet (voir bibliographie in fine).
Les contradictions de la défense de l'avant
S’il est un dogme fondamental pour la République fédérale d’Allemagne, c’est bien celui de la défense de l’avant (Vorneverteidigung). Il répond en effet à une exigence politique et militaire : l’intégrité d’une partie du territoire qui comprend le tiers des ressources humaines et économiques du pays. Reconnue vitale par les Alliés (2), la défense à l’avant se veut également dissuasive ; la préparation de la bataille classique sur le rideau de fer renforce la dissuasion, assurée principalement par la menace de riposte nucléaire graduée. Sous la direction des états-majors intégrés du théâtre (Centre-Europe), des groupes d’armée (Northag et Centag) et des forces aériennes adaptées, cette bataille éventuelle est confiée à huit corps d’armée alignés, relevant de cinq nations différentes. Agissant sur une profondeur de 50 kilomètres, ils seraient appuyés en deuxième échelon par des corps français et américains, chargés de rétablir le dispositif de l’avant si celui-ci était rompu.
Adopté sous cette forme depuis 1967, ce concept d’emploi a fait l’objet de critiques, a rencontré des difficultés d’application, et a subi des ajustements qui n’étaient pas toujours adaptés à l’évolution de la menace. Des prises de position récentes conduisent à réévaluer la validité du concept.
Les critiques se sont attachées au caractère filiforme du dispositif, et à la flexibilité de la riposte nucléaire. « Je ne suis pas sûr, écrit le général Méry — et je ne suis pas le seul dans mon cas, y compris parmi nos alliés —, qu’une doctrine de réponse « inflexible », complétée par un dispositif de bataille plus profond, ne serait pas mieux adaptée à la réalité et à l’ampleur de la menace ». Il en est résulté, du côté français, un refus du concept de riposte graduée, et des divergences d’opinion sur la participation à la bataille. Alors que pour les uns, « il n’y a aucune incompatibilité entre notre stratégie de dissuasion et notre participation éventuelle à un combat aux côtés de nos alliés, au-delà de nos frontières », il y eut longtemps une certaine hésitation française à s’engager (3), inscrite notamment dans le texte des accords Ailleret-Lemnitzer. En même temps, le fait d’interdire le territoire français à la logistique alliée contribuait au rétrécissement de l’espace stratégique de l’OTAN. Ces conditions sont en train d’évoluer, nous y reviendrons.
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