Les élections aux Philippines, et particulièrement la succession à la présidence de Mme Corazon Aquino, nous intéressaient au plus haut point : ce pays allait-il, malgré les énormes difficultés, poursuivre son évolution démocratique, ou bien retomber dans les errements passés ? Six mois après ces élections, voici une étude d'une spécialiste du Sud-Est asiatique qui répond à nos questions tout en estimant que la tâche du nouveau président sera lourde et de longue haleine.
Élections aux Philippines : la transition démocratique
Analyser les récentes élections aux Philippines, présidentielle, législatives, provinciales et municipales du 11 mai 1992, revient à évaluer le succès ou l’échec d’un processus de transition démocratique en cours. Il s’agit en fait de savoir si l’objectif que Corazon Aquino s’était fixé lors de son accession au pouvoir en 1986, remettre les Philippines sur les rails de la démocratie, a été atteint et dans quelle mesure ce passage a été réussi. L’importance d’un tel scrutin électoral après la mise en place d’un régime démocratique est incontestable et considérée comme l’un des facteurs déterminants d’une transition bien engagée (1).
Après avoir été admirée, élue « femme de l’année » par les médias occidentaux, puis critiquée et déstabilisée par sept tentatives de coup d’État, Corazon Aquino est aujourd’hui rassurée. Quel que soit le jugement que l’on porte sur le bilan de sa présidence, on doit reconnaître l’accomplissement de son objectif : en dépit des pesanteurs paralysantes d’un héritage comme celui de Marcos, en dépit de la loi des 3 G (Guns, Goons and Gold) (2), qui bloquait tout progrès politique depuis les années noires de la loi martiale, le président élu l’a été par le vote populaire (85 % de participation), sans violence et sans ingérence extérieure.
Les Philippines entament une nouvelle phase de leur histoire et, certainement, une étape déterminante. Les obstacles à la stabilité politique et au développement économique restent nombreux et difficiles. Les dérapages sont possibles. Le nouveau gouvernement va devoir maintenir le message de justice et d’espérance de Mme Aquino, tout en décidant rapidement des réformes nécessaires à la croissance économique et à une meilleure répartition sociale de la richesse. Cependant, en votant massivement pour un changement des règles du jeu et des grandes figures politiques, la population a montré d’une part sa maturité politique, d’autre part sa volonté d’un assainissement de la vie publique : deux messages qui ont été fatals à bon nombre de politiciens traditionnels et qui révèlent l’évolution d’un électorat à la recherche du changement.
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