Diplomatique - Conversations franco-britanniques à Londres - La conférence des Six à Rome, et le problème des protocoles additionnels - L’administration républicaine aux prises avec les réalités internationales - Mort du Maréchal Staline - Accord anglo-égyptien sur le Soudan et signes de détente en Égypte
Les mois et les semaines « décisifs » pour l’Europe se succèdent mais les échéances, toujours plus prochaines, sont cependant reculées. Le 10 février, la Haute autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) a annoncé l’entrée en vigueur officielle, entre les six pays membres, d’un marché commun du charbon, du minerai de fer et de la ferraille. En fait, la mise en route de la CECA n’entraîne pas de modifications importantes sur l’état de choses préexistant. Cette inauguration n’en a pas moins une valeur symbolique, à l’heure où des difficultés de tous ordres retardent la ratification du traité instituant la communauté européenne de défense.
Le 12 février, René Mayer, le président du Conseil, accompagné de M. Bidault, ministre des Affaires étrangères, de M. Robert Buron, ministre des Affaires économiques, de M. Hervé Alphand, représentant permanent de la France au Conseil de l’Atlantique Nord (NAC), et d’autres experts, s’est rendu à Londres. L’objet des entretiens des membres du gouvernement français avec le gouvernement britannique était multiple. Il s’agissait, d’abord, de remettre au gouvernement britannique le mémorandum français sur les diverses possibilités d’associer plus étroitement la Grande-Bretagne à la communauté européenne sur les plans politique et militaire. Le gouvernement français a, en effet, constamment souligné le prix qu’il attachait à voir la Grande-Bretagne s’engager en quelque façon dans la communauté européenne. En outre, la majorité du parti socialiste français a indiqué qu’elle ne ratifierait les actes diplomatiques, instituant la communauté européenne et, particulièrement, le traité de Paris instituant la Communauté européenne de défense (CED), que si la Grande-Bretagne était comprise dans cette communauté. Le communiqué, publié le 14 février, à la suite des entretiens franco-britanniques, déclara seulement que les échanges de vues avaient manifesté « l’intention du Royaume-Uni de travailler en étroite association avec les institutions politiques et militaires de la CED ». Le Foreign Office a mis les propositions françaises à l’étude ; la réponse britannique sur ces propositions est parvenue à Paris au début de mars. Les conversations franco-britanniques de Londres ont également porté sur les suggestions faites par la France de modifier les principes de fonctionnement de l’Otan. À cet égard, le communiqué du 14 février a enregistré « que l’accord le plus complet s’est manifesté sur le rôle essentiel que le Royaume-Uni et la France ont à jouer dans l’organisation et la défense du monde libre ».
Enfin, les entretiens de Londres ont été une occasion de confronter les vues britanniques et françaises sur l’ensemble des questions posées par la situation internationale : en Extrême-Orient, dans les Balkans, dans le Moyen-Orient. La politique américaine en Extrême-Orient, et la part que doivent prendre à l’élaboration de cette politique le Royaume-Uni et la France, ont été examinées en prévision du voyage aux États-Unis de M. Eden.
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