Professeur d’histoire contemporaine et directeur du diplôme d'université Tremplin pour le Vietnam à l’Université Paul-Valéry Montpellier. Cofondateur du Centre d’histoire de l’Asie contemporaine (CHAC) de Paris I.
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Malgré la maritimisation croissante des enjeux stratégiques et économiques *, et la recrudescence des incidents frontaliers susceptibles de dégénérer en conflit militaire, un groupe d’acteurs semble avoir été négligé par l’expertise sur la mer de Chine méridionale (1) : les acteurs privés. À l’évidence, les disputes maritimes concernent en priorité les États. Elles mettent au défi leur souveraineté, interrogent leur légitimité, excitent les nationalismes que les dirigeants tentent de contrôler ou d’attiser, selon les cas. Les premiers rôles sont joués par les pouvoirs exécutifs, les marines nationales et les garde-côtes, les grands groupes économiques étatiques des pays riverains, en particulier pétroliers, dans une interaction croissante entre sécurité et économie. Outre les importantes réserves dont elle est créditée en ressources sous-marines et halieutiques, en gaz et en pétrole, la mer de Chine méridionale voit transiter chaque année la moitié du tonnage de la flotte marchande mondiale, 80 % des importations de pétrole de la Chine, 60 % des approvisionnements énergétiques du Japon et de Taiwan, et un peu moins de 70 % de ceux de la Corée du Sud (cf. R. D. Kaplan). Crucial pour les États, cet espace maritime l’est également pour nombre d’acteurs privés, majoritairement extérieurs aux pays parties aux conflits, qu’il s’agisse de firmes internationales, d’opérateurs financiers, de migrants, de groupes terroristes ou de mafias. Or, ces acteurs ne sont jamais étudiés en tant que tels dans les publications pourtant pléthoriques sur le conflit en mer de Chine méridionale. À de rares exceptions près (cf. C. Liss), ils ne semblent pas avoir bénéficié de l’essor de l’étude des acteurs transnationaux dans l’histoire et l’actualité des relations internationales qui, en France, a vu s’opposer deux écoles. Pour les tenants de la première école, dite « transnationaliste », l’émergence des acteurs non étatiques a transformé radicalement la scène internationale après la fin de la guerre froide, en affaiblissant la souveraineté étatique et les capacités de contrôle des États, et en mettant fin à leur monopole au profit des marchés (cf. B. Badie et M.-C. Smouts). La seconde école, que l’on pourrait qualifier d’« étatiste », a réaffirmé la primauté des États : acteurs majeurs des relations internationales, ceux-ci demeurent, malgré ou à cause du rôle croissant des acteurs transnationaux, les principaux producteurs de sécurité pour les citoyens. Ses partisans attribuent l’impuissance des États face aux menaces non traditionnelles telles que le terrorisme et la criminalité, non pas à un changement structurel des relations internationales, mais à une mauvaise gestion conjoncturelle des politiques publiques (cf. S. Cohen ; G. Carron de la Carrière). Lire la suite
Les Philippines, le verdict de La Haye et la nouvelle donne stratégique en mer de Chine méridionale (T 808)
La question de la mer de Chine et des revendications territoriales notamment par la Chine est d’une extrême sensibilité tant les avis divergent. Les différents rapports de force – militaire, économique, politique et diplomatique – s’y exercent et focalisent l’attention non seulement des pays concernés mais aussi d’autres puissances comme les États-Unis et les organisations internationales sollicitées pour essayer de régler ces différends qui pourraient déraper en une crise stratégique majeure.
Les tensions en mer de Chine impliquent non seulement les États riverains mais également d’autres partenaires appartenant à la sphère de l’économie à travers l’exploitation des ressources maritimes et le transit commercial. De nouvelles formes de coopération sont dès lors nécessaires. Lire les premières lignes
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